Carnet d'UTMB 2005

Vendredi 9 septembre 5 09 /09 /Sep 00:00

« Parce que je n’arrivais pas à me dire que c’était impossible »

Samedi 30 octobre 2004

 

Il est 00h35 et l’arche d’arrivée de l’Endurance Ultra Trail est derrière moi. Après 18h35 d’effort, je viens de boucler les 111 Km et 5000 m+ de cette superbe épreuve. Je suis « frais », lucide, je peux encore marcher et courir. L’objectif du jour est atteint et je sais aujourd’hui que ….c’est possible. Cet Endurance Ultra Trail, ce n’est rien que Chamonix – Praz de fort sur le chemin de l’Ultra Trail du Mont Blanc 2005. Dans ma tête, nul doute que la douzaine d’heures restantes pour arriver à 30h de course devrait me permettre de boucler les 45 Km et 3500 m+ restant le jour J. Depuis ce jour, personne, à commencer par moi même, n’a pu m’enlever de la tête cette certitude. Certains ont bien essayé de me convaincre (et même des bons :o) que l’important était ailleurs, qu’il fallait d’abord finir et que le chrono viendrait après, mais non. J’ai déjà fini et même s’il n’est pas question de faire n’importe quoi et d’arrêter au moindre retard, je suis convaincu que ce chrono, réservé à mes yeux à de bons coureurs, peut aussi être accessible à des coureurs lambda à condition d’aborder cette épreuve correctement, avec minutie. Autre point important : c’est la première fois que je reviens sur une épreuve déjà couru et il me paraît évident que, autant la première fois, l’important est de finir pour découvrir l’épreuve, autant, en cas de récidive, une petit prise de risque peut mettre encore plus de saveur à la chose : ah !!!! compétition quand tu nous tiens !!!

Un entraînement allégé mais spécifique

 

L’idée est simple. Avec quelques certitudes qui me sont propres concernant l’entraînement, je décide de bâtir mon année 2005 autour de cet unique objectif. Autour, les autres courses se transformeront en balade, en espèce de OFF avec un dossard (ou pas) sur le ventre, sans aucun objectif chronométrique, juste le plaisir de découvrir ici le Trail de la Sainte Victoire en mars, là La Route de la Lavande en juin et le Tour des Glaciers de la Vanoise en juillet. Après deux mois d’arrêt complet de toutes activités sportives en novembre et décembre 2004, je construits donc mon plan d’entraînement 2005. Les règles seront les suivantes :

-         1 semaine de repos complet toutes les 3 semaines d’entraînement

-         Les montées, quels que soient leurs pourcentages seront faites en courant

-         1 sortie de trail par week-end avec du dénivelé (de 500 à 1000 m+)

Un fort accent est donné sur le trail et le dénivelé et ce sera ainsi tout au long de l’année : 2005 sera une année spécifique. Les 4 premiers mois de 2005 sont une remise en route progressive, sans trop de contraintes et les kilométrages affichés non rien de faramineux :

-         Janvier : 109 Km et 2000 m+

-         Février : 162 Km et 3100 m+

-         Mars : 125 Km et 3300 m+

-         Avril :  122 Km et 3000 m+

L’entraînement spécifique

 

Il se passe au mieux, comme prévu, selon 4 cycles de 3 semaines d’entraînement ponctués de sortie longue. Là non plus, pas de volumes excessifs, rien de plus que 3 entraînements courus par semaine (dont 1 de trail) et une sortie vélo. Seul le dernier cycle verra une augmentation importante du volume en raison des vacances et d’un enchaînement qui me réussit bien (déjà testé en 2004) de 11 jours consécutifs d’entraînement course à pied et vélo.

Les 3 dernières semaines seront consacrés au repos même si je m’autorise une dernière sortie d’une heure le mercredi soir, histoire de manger sereinement la fondue savoyarde qui s’annonce.

-         Mai : 171 Km et 5200 m+

-         Juin : 164 Km et 4900 m+

-         Juillet : 233 Km et 9900 m+

-         Août (hors UTMB) : 113 Km et 3500 m+

 

 

 

 

Cet entraînement est agrémenté d’une vingtaine de sortie vélo depuis le début de l’année pour 1000 Km et 11700 m+.

La stratégie de course

 

Elle est né à l’Endurance Trail, comme une évidence. Sur cette course, peu de ravito, tout au plus un toutes les 4 à 5 heures de course. Et ça me va bien. Ca passe sans soucis. Alors pourquoi faire autrement ailleurs. Sur l’UTMB, c’est un ravito toutes les 1 à 2 heures mais quel temps perdu quand justement on cherche un temps. Ma décision est prise : je limiterais au maximum mes pauses. Une discussion avec un « 31h » au hasard d’un trajet en TGV me confirme cette option : il s’est arrêté 1h30 lors de sa course. J’en ferais de même, voir moins.

Pour le reste, une petite organisation pour optimiser les sacs d’assistance et surtout l’achat d’une bonne frontale et le tour est joué. Dernier point : les 2000 partants me font peur et je décide de partir devant pour éviter autant que possible des éventuels bouchons du coté des Houches ou des Contamines.

Un petit papier

 

Comme toujours sur mes courses « objectifs », je décide à l’avance du plan de bataille en procédant à une étude minutieuse du parcours. Pour m’aider, j’utilise l’outil réalisé par Rémi Poiverts qui permet, moyennant un paramétrage personnalisé, de définir ses temps de passage durant l’épreuve. Au final, je réalise donc un « roadbook light » m’indiquant les temps de passages sur des bases de 30h59 (on dira 30h et quelques !!!). Mon petit papier contiendra donc :

-         une trentaine de lieux remarquables (Les Houches, Col de Voza, …..)

-         la distance partielle entre chaque lieu

-         la distance totale depuis le départ pour chaque lieu

-         l’altitude de ces différents lieux (extrêmement important pour moi qui court le nez collé sur l’altimètre)

-         le dénivelé positif ou négatif entre ces lieux

-         bien sûr, le temps de passage estimé

-         quelques temps de passage réalisé sur des sections identiques en 2003 (mais ça ne me servira pas)

-         Et surtout….. le temps de passage maximal à chaque lieu réalisé par les finishers en moins de 31h en 2004. Ce truc, c’est génial parce que ça donne de l’espoir pendant très longtemps, sans savoir si le coureur qui est passé très tard à tel point a fini à 15 km/h

Les temps de pause, paramétrables, ont été volontairement mis à zéro afin de moduler justement la durée de ses pauses en fonction de l’avance ou du retard pris en course.

Dans les faits, l’intérêt de ce petit papier est d’avoir, d’un simple coup d’œil, le temps d’effort à fournir jusqu’au prochain lieu remarquable. Très important selon moi de savoir que dans ….minutes on sera en haut (ou en bas) même si une dérive de temps peut se produire.

Avant le départ

 

Un vrai bonheur de retrouver tous les gens que j’imaginais ne pas voir au milieu de cette foule de coureurs. De Cyril rencontré à la Sainte Victoire à Kiki en passant par les gars du Layon, Jésus et Titi, Etienne, Patrak, Martin, Bruno, Steve, Annick, la Phil’Team, Romu, Catherine, Michels ….(j’en oublie), les acteurs de 2003 resurgissent pour une nouvelle fête. Une pizzeria Al’dente le jeudi soir, une pasta al’dente option oublié sur le gaz le vendredi midi et c’est le retour au calme dans le sublime chalet des Mazots. Et là, je tourne en rond, le mauvais stress me gagne et rapidement je me jette dans mon sac de course et sur la tenue du jour. Il est 16h, je suis prêt et j’ai hâte d’en découdre.

 

 

 

 

Chamonix – Les Houches : « Dans le premier car »

Temps partiel = 0h49 ( 0h58 roadbook) ; Temps total = 0h49 ( 0h58 roadbook)

 

Je me positionne avec Sandra et Enzo sur la place. Tranquillement, on discute, grignote et je profite encore d’un Enzo en grande forme. Puis la foule s’amasse. La fine troupe des « 2003 » est presque au complet. Quel bonheur. Sandra et Enzo s’éloigne et la gorge se serre. Nous profitons de la célébrité de Phil pour nous faufiler en première ligne. J’avais annoncé à Martin que je souhaitais partir dans le premier quart. On se retrouve dans le premier …..car. Et le départ approche. Je suis mal, envie de solitude, la tension m’assomme. Autour de nous, je vois du Dawa, du Vincent, du Michel, du Marco, du Christophe ….pffff, qu’est qu’on fait là. Un dernier coucou à une Sandra émue derrière les barrières, un coup de musique et nous nous lançons. La route est à nous et déjà la foule nous double. Il faut l’accepter. Je le sais. Ca risque de durer quelques heures mais il n’est pas question de suivre le rythme effréné des coureurs qui nous doublent. J’espère que mon heure viendra. Une pause pipi et c’est pas moins de 50 coureurs qui passent. Devant, comme d’habitude, Martin ouvre la route. Il vient de retrouver Stef34 déguisé en commandant Cousteau. Bruno, avec qui nous étions pendant quelques hectomètres, a lui levé le pied et Patrak suit tranquillement. Moi, je trouve que ça avance vite mais je l’accepte. Je me dis qu’il faut ça pour « se placer » du coté de Voza (apparemment les gars du coin prononcent « Voze ») et après trouver LE rythme. Ca papote, je croise Jérome, puis Jésus et Titi et après les premiers sentiers passés sans encombre (et où j’imagine que ça a du sacrément bouchonner derrière), les premières maisons des Houches sont là. Bof, c’est pas la forme, j’ai mal au bide, un orteil me chatouille et les jambes sont dures. Martin grille le ravito et je m’arrête quand même quelques secondes. C’est ici que va aussi commencer la longue série des surprises concernant le parcours. Je m’étais fait des idées de tel ou tel point, de telle ou telle montée ou descente, facile, dure, roulante, piégeuse selon mon expérience de 2003 et je vais aller de surprise en surprise pour ne pas dire de désagrément en désagrément. En gros, ce que j’imaginais difficile l’a été, ce que j’imaginais facile ne l’a pas forcément été. Ca promet pour 2006 !!!.

Les Houches – Col de Voza : « Mais qu’est ce que je fais là »

Temps partiel = 1h00 ( 1h07 roadbook) ; Temps total = 1h49 ( 2h05 roadbook)

 

 

 

Toujours à la traîne du trio Martin – Patrak – Yoyo, je ne suis pas bien. Un peu ballonné et  j’attaque de pleins pieds mon fameux moments de « j’ai pas envie », « qu’est ce que je fous là », « je serais mieux sous la couette ».  Mon remède habituel fait un peu effet. Il s’agit d’un coup de fil à Sandra qui a trouvé un resto en terrasse avec Enzo. C’est cool, ils sont bien, tout va bien. Ca continue de grimper et j’ai quand même la sensation que c’est plus dur que ce que je pensais. Mais bon. Le soleil se couche et nous offre un spectacle d’une beauté difficilement égalable. Dans les pentes du col, on domine la vallée de Chamonix. Le ciel est limpide et le coucher de soleil nous offre un embrassement rose fluo du massif. GRANDIOSE. Et pendant ce temps là, Martin trace la route avec Patrak. Le sommet approche, la nuit aussi et je retrouve enfin Martin qui s’équipe pour la nuit. Je le passe et veille à ne pas le perdre dans la foule bien présente aux ravitos. Pour Patrick, c’est déjà trop tard, on le verra plus tard. Quelques secondes de pause et on repart.

Col de Voza – Les Contamines : « Que c’est long »

Temps partiel = 1h39 (  1h35 roadbook) ; Temps total = 3h28 ( 3h40 roadbook)

 

 

 

On plonge et devinez ? Martin, le deuxième meilleur descendeur du peloton derrière Dawa, s’envole. Il dévale les premiers lacets bien raides alors que moi, je trainasse misérablement …..mais tranquillement. Pas de surprise sur ce coup. Ma préparation en descente, en raison d’un genou à préserver, a consisté à descendre tout ce que j’avais monté à très faible vitesse. Alors forcément sur des courses courtes, je suis ridicule, limite l’obstacle ambulant qui gêne les autres. Mais par contre, pour m’en être rendu compte au Tour des glaciers de la Vanoise, je maintiens cette vitesse tout le long de la course là où d’autres ralentissent inexorablement pour finir pour certains bien plus lentement que moi. J’ai donc bon espoir de maintenir cette vitesse de descente toute la course et à priori, ça a fonctionné. Ma descente du coté de Bovines était du même niveau que celle de Courmayeur ou de Voza. Sauf que, du coté de Bovines, c’est moi qui doublé !!!. Je vois donc passer des faisceaux de frontales de tous les cotés et ma laborieuse progression continue. Non pas que je n’avance pas mais je suis ballonné, dérangé, inquiet. Bref, pas génial. Je profite de retrouver Martin (qui a fait une pause) pour tenter de soulager mon ventre en enlevant la frontale « porte-dossard ». Ca a l’air d’aller mieux et je poursuis donc ma route, forcément derrière Martin. Ce secteur, comme en 2003, me paraît long, usant. Pour moi, les hostilités ou plutôt le terrain spécifique commence du coté de Notre Dame de la Gorge, au pied du Col du Bonhomme. Avant, c’est un apéritif qui est long, mais long ….pfff. Le dernier sentier étroit avant Les Contamines est là et je l’avoue, je me moque de quelques hurluberlus prés à se fracasser une cheville pour gagner 3 places dans le mini bouchon qui se forme. Enfin, les premières lumières. Je sais qu’elles sont salvatrices et que je vais enfin pouvoir entrer dans ma course. Un mot sur l’accueil dans ce village : EPATANT. Il n’est pas encore trop tard et la foule compacte contenue derrière les barrières nous acclament comme des acteurs cyclistes de juillet dans un col environnant.

Nous avons avec Martin 10 minutes d’avance sur notre planning, largement assez pour prendre quelques minutes au ravitaillement. Je me jette sur du salé. Les crampes commencent à apparaître pour couronner un début de course certes rapide mais vraiment sans sensation. Le Tuc va devenir mon petit gâteau sec préféré pour le reste du week-end. Autre petit détail : je me masse mon genou récalcitrant (mais lui, ça fait 1 an que ça dure) avec une bombe d’Arnica Gel craquant qui, pour l’avoir utilisé durant ma préparation me soulage instantanément. Et ça marchera encore ce soir là et tout le reste de la course.

Les Contamines – Notre dame de la Gorge : « Vivement la montagne »

 

 

 

Temps partiel = 0h34 ( 0h32 roadbook) ; Temps total = 4h03 ( 4h12 roadbook)

 

 

 

Nous repartons pour un dernier secteur de « plaine » partiellement goudronné. Après un beau sourire à Kiki venu encourager ses potes, je vois petit à petit s’éloigner Martin et Hervé Bec. Je me dis à cet instant qu’il ne faut pas insister, qu’Hervé est sur son terrain de prédilection. Quand à Martin ….pffff, il voltige. Mon mal de bide est persistant et je choisirais l’isolement du sentier menant à Notre Dame de la Gorge pour tenter « un allégement sauvage ». Rien à faire. Tant pis. Je repars et continue à appliquer la méthode Cyrano dans les derniers hectomètres plats. Un grand feu de bois nous accueille au pied du col. On y est. Vive la montagne !

Notre Dame de la Gorge – La Balme : « Sur mon terrain »

Temps partiel = 0h46 ( 0h51 roadbook) ; Temps total = 4h50 ( 5h02 roadbook)

 

 

 

Les premières dalles sont sous mes pieds. Tout s’envole. J’oublie d’un coup mes soucis de bide, de pied. Seules des crampes naissantes aux cuisses et aux mollets m’inquiètent mais pas assez pour me gâcher le plaisir de cette longue ascension pas franchement difficile. Je commence à doubler goulûment des coureurs, sans effort. Je suis vraiment à mon rythme de croisière, les autres sûrement aussi et quel plaisir de voir que les heures d’entraînement spécifiques permettent une telle aisance. Je m’éclate. Après avoir été guidé dans la première moitié de l’ascension par la sono du Refuge-Bar-Restaurant-Distributeur de vin chaud, la seconde moitié de l’ascension sera effectué avec en point de mire les lumières du ravito de la Balme. Un grand bout de plat le précède et je suis un des rares coureurs à courir, en entraînant quelques-uns sur mon passage. Ah, je suis vraiment très bien ! si ce n’était pas ces crampes qui me guettent !!!! Un mot sur la météo : une merveille de douceur, pas un poil de vent et je passerais au sommet à 2500 m en tee-shirt et manchettes. Une pause express au refuge de la Balme pour ingurgiter quelques Tuc et un peu de fromage et ça repart pour attaquer la seconde partie du col sur un sentier « single track ». Derrière moi, le chapelet de frontales depuis le bas de la vallée est sublime et permet de mesurer le chemin déjà parcouru.

 

 

 

 

La Balme – Col de la Croix du Bonhomme : « Avec Martin puis Patrick »

 

 

 

Temps partiel = 1h17 ( 1h23 roadbook) ; Temps total = 6h09 ( 6h26 roadbook)

 

 

 

Je suis toujours un poil plus rapide que les coureurs qui me précédent. J’essaye bien ici ou là de progresser à mon rythme en coupant quelques virages mais je n’insiste pas. Pourquoi faire ? Je me range sagement dans la file qui se forme et profite d’un mini replat descendant pour distancer un petit groupe, moyennant un léger footing. La liberté de progression retrouvait ne dure pas  et il me faudra attendre sagement le gros tumulus pour  voir enfin le single track se transformer durant quelques hectomètres en une large piste. J’allonge la foulée, toujours aussi « crampé ». Je continue à grappiller des places et surprise, je tombe sur Martin. Je lui cause deux mots de mes crampes et il me propose une sporténine du coté du sommet. Nous mettons les bouchées doubles et profitons de l’approche du sommet relativement dégagée pour accélérer l’allure. Au col du Bonhomme, je ne peux m’empêcher d’avoir une pensée pour la terrible météo de 2003. Une sporténine sous la langue, j’ouvre la route d’un bon pas pour atteindre la Croix du Bonhomme. Nous continuons à remonter des coureurs et nous interrogeons sur la position de Patrick. Martin m’assure qu’il est devant alors que je pense que, vu notre ascension et la foule aux ravitos, ce n’est pas si sûr. Et re-surprise : au hasard d’un énième bloc rocheux à escalader, nous tombons sur ….Patrick. Cool, le trio est reformé. Il nous avoue un petit coup de moins bien mais rien de grave. Le sommet n’est plus loin, la pente douce et la descente qui s’annonce vers les Chapieux devrait retaper tout ça. Et voilà, nous sommes au sommet. Quelques hectomètres de descente et nous arrivons au pointage du refuge de la Croix du Bonhomme. Ce sera pour moi l’occasion de quelques mots avec le gardien de ce refuge et un changement de pile salvateur avant la grande descente. Patrick prend un peu d’avance, nous le retrouverons en bas.

Col de la Croix du Bonhomme – Les Chapieux : « En bas, je saurais »

Temps partiel =  0h48 ( 0h47 roadbook) ; Temps total = 6h59 ( 7h13 roadbook)

 

 

 

Le premier juge de paix du parcours est sous nos pieds. Plus que la montée, reposante pour mon genou récalcitrant, je m’étais mis en tête depuis quelques temps que, en bas, aux Chapieux, je saurais. Je saurais si, une fois cette vertigineuse descente engloutie, mon genou douloureux pourrait me mener au bout. Si en bas c’est bon, ce sera bon partout. ….Et ce fût le cas. Je plonge dans la descente et rapidement Martin me passe. Il est sur son terrain. Ca en devient même esthétique tellement ça lui paraît facile. Je le suis prudemment mais, inexorablement, il s’éloigne. Pas grave. Il me sert d’ouvreur, slalomant au milieu de quelques coureurs et je profite de ses trajectoires pour couper au plus court certaines des miennes. La technique des petits pas fait merveille. Je ne suis pas rapide mais assez apparemment pour reprendre quelques coureurs. D’autres me reprennent à des vitesses impressionnantes. La descente passé sous les 2000m devient de plus en plus boueuse. Prudence. J’attends avec sérénité le petit pont synonyme de chemin roulant. Il arrive, je le devine en contrebas. Encore quelques grosses épingles interminables. Ce chemin dure bien 15’ à courir au petit trot. Je ne vois plus de Martin ni de Patrick. Attentif à mon genou, je m’impose quelques pauses de marche. Tout va bien. Je vais arriver aux Chapieux entier, sans gamelle, sans soucis. Comme souvent sur l’UTMB, l’arrivée vers la civilisation est synonyme de fête. Elle est belle ici. Je retrouve mes acolytes, nous remplissons la poche à eau, une soupe chaude pour la route et nous repartons après une pause express que j’estime à 5 minutes et un petit coucou à Françoise, unique fémnine de la 6000D du Ventoux un mois plus tôt. Un petit clin d’œil aux guitaristes sur scène : ils ponctuent notre départ d’un morceau d’Hendrix qui me rappelle bien des choses.

Les Chapieux – Ville des Glaciers : « La SaintéLyon sous les 6 heures ! »

Temps partiel = 0h50 ( 1h01 roadbook) ; Temps total = 7h48 (  8h14 roadbook)

 

 

 

 

 

 

 

Il est 2h du matin. L’air en fond de vallée est froid . Je profite de mes compagnons de route pour me couvrir d’une veste imperméable sans m’arrêter. Nous marchons d’un bon pas sur cette route qui doit nous mener au pied du col de la Seigne. Et ça papote. Patrick est, comme moi d’ailleurs, surpris par les écarts conséquents entre les coureurs. Puis, au milieu de nos discussions, vient se glisser ….l’après UTMB. Je me rends compte que je suis entouré de deux mobylettes, spécialistes es SaintéLyon. Leur objectif post-UTMB sera de passer sous les 6 heures sur cette épreuve. Pour moi, rien de tout ça. La saison 2005 devrait se terminer le lendemain (je ne sais pas que c’est dans moins de 24h à ce moment là), après cette saison que j’espère finir en apothéose.

Ville des Glaciers – Col de la Seigne : « Mon coup de barre ….le seul »

Temps partiel = 1h16 ( 1h04 roadbook) ; Temps total = 9h04 ( 9h18 roadbook)

 

 

 

Surprise cette année. Nous ne rejoignons pas le refuge des Mottets mais attaquons quelques centaines de mètres avant la longue ascension du Col de la Seigne. C’est ici que je vais prendre mon seul coup de moins bien de la course. Je sais pourquoi. D’après mes souvenirs 2003, je m’étais mis en tête : « le pied est difficile, après, c’est plus cool avec des instants de plats ». Et donc nous y sommes. J’attaque devant mes compagnons de route cette ascension. Je suis bien et j’impose un bon rythme (800-900 m+/h). Je me fais un plaisir de reprendre quelques coureurs et attends avec impatience que la pente se calme. La pente est rude et cette soi-disant seconde partie moins dure se fait attendre. Je suis bien conscient d’avoir attaqué le pied un peu fort mais bon, c’est fait, c’est fait. Et voilà, on y est, ça se calme. Martin et Patrick me passe. J’imagine pouvoir les suivre sur la seconde partie plus facile. Quelle bêtise. Ca remonte, plus dur encore. Je commence à comprendre en regardant mon altimètre qui m’annonce 400 m+ jusqu’au sommet. Je me suis emballé et quelle que soit la difficulté de la pente, il reste ces 400 m+ qu’il me faudra franchir. Martin et Patrick s’éloigne. Je vois même remonter sur moi des faisceaux de frontales. Fichtre que c’est dur. Ca passera certes, mais que c’est dur. Un coureur me rejoint. Je suis à 2 km/h. Lui, c’est un TGV à 2,5 km/h. Ca ne paraît rien comme ça mais sur le plat, ça donnerait un rapport de 12 km/h contre 15 km/h ….un gouffre. Il me passe inexorablement, me prend 2 puis 5 puis 10 mètres. Il s’éloigne. Un autre arrive derrière moi. Même scénario. Sans être à la ramasse, je suis bien conscient de mon coup de fatigue. Je m’applique à boire et vois enfin le puissant éclairage du sommet se rapprocher. Enfin, j’y suis. Je m’excuse auprès de mes 2 acolytes, leur propose de partir ans moi mais, fair-play, ils n’en font rien. Solidaire !!!

Col de la Seigne –  Lac Combal : « Le chemin le plus court ….. »

Temps partiel = 1h00 ( 0h54 roadbook) ; Temps total = 10h02 ( 10h12 roadbook)

J’attaque la descente sans tarder. Martin et Patrick sont derrières moi et je fais un poil d’humour pour expliquer ma fierté d’ouvrir la piste en descente à Dawa Martin. Mais ça ne dure pas et je le comprends très bien. Rien ne vaut d’avoir son rythme, quitte à faire quelques pauses plutôt que de se mettre dans un faux train qui peut même s’avérer « dangereux » dans une descente un peu technique. Martin s’en va. Nous arrivons sur le replat qui précède le refuge Elisabetha. Patrick commence à me distancer mais, lui aussi solidaire, fait quelques pauses de marche qui me permettent de le rejoindre. Nous nous faisons doubler. Le ravito qui s’annonce au refuge devrait me faire le plus grand bien. Nous y sommes. La pause va durer quelques minutes de plus qu’ailleurs même si, et c’est sûrement la force d’être 3, Martin nous pousse et nous impose un départ express. Ce sera soupe, coca, fromage et Tuc. Les crampes sont oubliées. Nous repartons pour attaquer la descente qui rejoint le Lac Combal. En 2003, nous empruntions une piste en lacets et cette année, c’est tout droit dans un sentier très raide et incourrable. En voyant ça sur le roadbook avant le départ, j’imaginais un parcours plus court en temps. Que nenni. Juste avant d’emprunter ce sentier, un coureur distrait (ou futé) choisit l’option longue version 2003 et s’engage dans le large chemin en lacets. Bien lui en prend. Il nous distancera d’une bonne centaine de mètres lorsque nous rejoindrons  la piste commune. Encore du plat. Martin et Patrick s’éloigne. Je me fais doubler. J’alterne course et marche. Je sais que ça va revenir mais quand ? L’ascension de l’arête Mont Favre approche et les trois membres du trio que nous formons ont tous un compte à régler avec cette ascension qui n’est pas passé en 2003 ou 2004. Mes compagnons de route m’attendent. Je les double même et m’apprête à attaquer l’ascension en tête. Je suis persuader qu’ils ne vont pas tarder à me rejoindre mais j’apprécie l’instant de me mettre à mon rythme pour affronter ce coriace col.

Lac Combal – Arête Mont Favre : « Règlement de compte »

Temps partiel = 0h47 ( 0h45 roadbook) ; Temps total = 10h49 ( 10h57 roadbook)

 

 

 

C’est parti. Je m’applique. Le jour devrait normalement se lever au sommet. Je suis concentré sur ma foulée, que dis je, sur mon pas. Deux bolides reviennent sur moi et oh surprise, il ne s’agit pas de Martin et Patrick. Pas grave. Je poursuis sur un tempo qui finalement n’est pas si mal que ça. Je rejoins et distance même quelques coureurs (eux à 2, moi à 2,5 km/h !!!). Ca y est, les sensations sont revenues. J’allonge la foulée mais m’inquiète un peu du retard que peuvent prendre mes 2 compères. Bizarre. Le sommet approche et une pause s’impose pour remplacer les piles de ma gourmande (mais très efficace) frontale. Je pense à cet instant que ses 2 ou 3 minutes seront idéales pour attaquer la descente en trio. Mais non, ils ne sont toujours pas là. Inquiétude ! Je passe au sommet. Le jour se lève et la frontale ne me servira que sur le premier kilomètre de descente.

Arête Mont Favre – Col Chécroui : « Peut être une des clés du succès »

Temps partiel = 0h41 ( 0h38 roadbook) ; Temps total = 11h30 ( 11h35 roadbook)

Voilà. J’ai vengé 2003 et une horrible montée. Cette année, c’est passé sans heurts, presque facilement. Je décide d’attendre mes compagnons de route dans la descente. En fait, je suis plus lent qu’eux  et j’imagine qu’une descente des plus paisibles me permettra de les voir revenir au plus vite. Je me laisse glisser. Je marche dans les portions techniques et trottinent dès que la piste le permet. Je me retourne sans cesse. Pas de Martin. Pas de Patrick. Je continue tranquillement. Un coureur me rejoint et je l’interroge sur la présence d’un coureur aux chaussettes bleues derrière. Il me confirme qu’il arrive. Ouf ! tout va bien. Je poursuis en dilettante cette descente et arrive au col Chécroui. Cool ! des bountys au ravito. J’adore. Un peu de Tuc et de fromage et je me pose quelques minutes avant de voir arriver Martin et Patrick. Aujourd’hui, je suis convaincu que cette descente « OFF » et celles qui ont suivi ont largement contribué à ma performance. Je n’ai pas eu l’impression de descendre comme j’ai pu le faire au Col du bonhomme ou de la Seigne. J’étais en récup, je regardais derrière et peu m’importer la vitesse de progression, seul m’intéressait la position de mes potes. J’ai dévalé ainsi relâché, sans effort, sans même l’impression d’y être et surtout en « ne faisant pas » la descente. Ca m’a très certainement préservé pour la suite. Sinon, ben Martin n’a pas pu se venger de l’Arête mont Favre et il a eu un gros coups de moinsssss bien qui explique son retard au sommet.

Col Chécroui – Courmayeur : « Quel terrain de jeu ! »

Temps partiel = 0h41 ( 0h50 roadbook) ; Temps total = 12h11 ( 12h25 roadbook)

 

 

 

On repart et la tactique ne change pas. Martin s’en va. On le reverra à la base vie. J’attaque avec Patrick le sentier qui plonge sur Courmayeur. Quel pied !!! Un petit sentier tortueux en sablette, une belle pente qui devrait nous permettre d’être vite en bas, bref j’adore. On rejoint et distance Thierry, compagnon d’une 6000D du Ventoux quelques semaines plus tôt. Sans batons ….chapeau, une autre course !!. Une portion de chemin puis de nouveaux un sentiers en sous bois, épingles et escalier. C’est un vrai régal. Patrick donne le rythme, un bon rythme et je force un peu ma cadence habituelle pour ne pas arriver à la traîne à la base vie. Martin a creusé un bel écart. Je suis surpris de l’amplitude de ses variations d’allure même si il m’y a habitué par ailleurs. Les rues du village sont là. Je m’accroche à Patrick. Je ne veux pas céder à une pause de marche qui me ferait du bien. Voilà, on y est ….14 minutes d’avance sur le tableau de marche. Selon nos prévisions, la pause doit être express. Je l’ai rêvé de 15 minutes, elle durera 29 minutes.

Courmayeur - Refuge Bertone : « Patrick lache »

Temps partiel = 1h57 ( 1h30 roadbook) ; Temps total = 14h09 ( 13h55 roadbook)

Le temps passe plus vite ici. Je récupère mon sac. Je choisis de ne rien changer au niveau de mes pieds. Tout va bien et il n’est pas question de perturber cet heureux équilibre. Pas question de changer de chaussettes, de chaussures ….rien de rien. Pour retaper mes jambes quelques peu douloureuses, je me masse (sommairement) avec un gel Arnica – Weleda. Je repartirais comme neuf. Un peu de crème solaire, un peu de vaseline, une tentative de changement de lentilles de contact qui finalement s’avérera un désastre et je rends mon sac pour aller déguster un plat de pattes. Mais elles sont où ? Arghhhh !!!! Des lasagnes en boîte les remplacent et franchement, ça ne fait pas envie. Pas grave. Ce sera un peu de soupe. Martin est déjà trépignant sur le départ. Je le rejoins. Souvenir, souvenir. C’est là que notre belle amitié avait débuté au hasard d’une édition 2003. J’espère encore que cette édition nous emmènera aussi loin. Patrick arrive enfin. Lui aussi était de la fête de 2003 mais avait du s’arrêter avant l’arrivée. Pour lui, contrairement à Martin et moi, le départ de Courmayeur semble douloureux. La route qui serpente dans Courmayeur pour rejoindre le pied de la montée de Bertone est longue. Notre position en course est au environ de la 200 / 300 ème place. Cool !!!. Un petit groupe se forme au pied de la montée. Martin s’en va encore et toujours. Mais pourquoi ne part-il pas définitivement ? il a les jambes pour et devrait selon moi faire sa course. Mais il ne veut pas. Nous progressons très lentement. A la queuleuleu, nos places sont bien établies dans le petit groupe et seules les pauses de quelques coureurs modifient la configuration du groupe. Je ne quitte pas mon altimètre des yeux. Que c’est long. A 250m+ du sommet, je passe Patrick. Au hasard d’une épingle, je le vois qui rétrograde dans le groupe. Il se fait distancer. Je suis inquiet. Le sommet approche. Nous sortons du bois pour retrouver quelques prairies. Je vois Martin au dessus de moi qui arrive au refuge. Il doit avoir 3 minutes d’avance. J’imaginais plus. J’arrive au sommet. Patrick a lui aussi 3 minutes de retard sur moi mais il les a perdu très rapidement dans la fin de l’ascension. Aie ! il coince. Que faire ? Je n’en sais rien. Nous avons un peu de retard sur « notre barrière horaire », essentiellement lié à la pause de Courmayeur. Que faire ? je n’en sais toujours rien. Patrick nous dit bien de partir. Je n’en sais encore rien. Quelques heures plus tôt, c’est moi qui était à sa place et je leur avais dit de partir. Ils ne l’avaient pas fait mais je ne leur en aurais pas voulu. Et puis la course est encore longue. Finalement, nous repartons sans savoir, sans prendre de décision, sans se dire au revoir. Nous avons devant nous une longue portion de « plat » pour rejoindre Arnuva.

Refuge Bertone – Refuge Bonati : « Un duo efficace »

Temps partiel = 1h17 ( 1h24 roadbook) ; Temps total = 15h23 ( 15h19 roadbook)

La piste en balcon qui nous attend est roulante. Je décide d’alterner marche et course en respectant scrupuleusement le terrain qui m’est proposé. Ce sera course en descente et sur le plat et marche sur le moindre faux plat. Nous allons jouer pendant de longues minutes avec un groupe qui nous précède. Avec l’espoir de les reprendre, Martin mène le train. Je le suis à distance. Puis, à l’occasion de quelques passages, c’est à mon tour de mener le train. Notre duo est efficace. Tantôt je « m’accroche », tantôt « il s’accroche ». Nous profitons aussi de quelques points de vue pour guetter la position de Patrick. Pas de nouvelles. Que faire ? Comme si le sujet nous mettait mal à l’aise, nous ne prenons pas encore de décision définitive et poursuivons. L’approche du refuge Bonati est plus pentue. Martin lâche. Je le surveille du coin de l’œil. Bizarre. Je suis surpris par la vitesse avec laquelle je crée un écart avec lui. Je ne voltige pas et m’inquiète sur ses baisses de forme. 

 

 

 

 

Refuge Bonati – Arnuva : « Doublé par E-T »

Temps partiel =  0h52 ( 0h49 roadbook) ; Temps total = 16h15 ( 16h08 roadbook)

La pointeuse du refuge Bonatti m’annonce 30 minutes pour rejoindre Arnuva. Je me méfie, habitué de ses estimations souvent généreuses des gentils bénévoles mais comment ne pas y croire et surtout, comment se l’enlever de la tête. Le parcours devient montagne russe. Pas dure mais chaque montée laisse espérer un dernier sommet avant une plongée vers Arnuva et chaque sommet laisse apparaître une nouvelle combe à franchir, un nouveau balcon au loin à parcourir. Et le chrono tourne. Je ne m’inquiète pas mais scrute aussi « ma barrière horaire ». Sandra m’appelle. Elle m’annonce 179èm au refuge Bonatti !!!! Wouahou, c’est la forme. Je ne vois plus Martin derrière. Il me reprendra dans la descente ….enfin j’espère. La descente est là. Quelques lacets dans un sympathique single track à découvert et tout en bas, la tente du ravito. C’est dans ces premiers virages que surgit ….E-T. Un gars en cuissard long de l’équipe de France de ski de fond. Je suis à 5-7 km/h, il me passe à 15 km/h. Comme une balle. J’imagine une seconde me retrouver sur le parcours d’une course de 10 km dont le départ aurait été donné plus haut et dont cet E-T serait en tête. Epatant à ce stade de la course. Il reprend en 2 minutes des coureurs qui me précédent de 150m depuis un bon quart d’heure. D’où il sort ce gars !!!!!. Nous voilà en bas et j’en profite pour discuter 2 minutes avec E-T. Il me confirme être très facile en descente (j’avais remarqué) et languir la longue descente sur La fouly. Tu m’étonnes. Je ne l’ai plus revu après qu’il m’est lâché ….en montée dans le Grand Col Ferret. Martin arrive. Pas affolé mais je m’inquiète un peu. Catherine est là aussi pour un petit coucou d’encouragement. Soupe, fromage, Tuc et coca sont au programme et je repars en marchant. J’en informe Martin et l’invite à me rejoindre au plus tôt.

La suite, c'est ici

Par Yoyo - Publié dans : Carnet d'UTMB 2005
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Jeudi 8 septembre 4 08 /09 /Sep 00:00

La première partie

 

Arnuva – Grand Col Ferret : « Un enchainement de folie »

Temps partiel = 1h21 ( 1h29 roadbook) ; Temps total = 17h36 ( 17h37 roadbook)

En 2003, nous arpentions un large chemin peu pentu pour rejoindre le refuge Helena avant d’attaquer ce géant qu’est le Grand col Ferret. Cette année ….c’est plus court ….en distance. Mais qu’est ce que c’est dur. La montée au refuge n’a rien à envier aux pentes du Grand Col qui s’annonce. C’est des petits lacets serrés a pas moinsssss de 20%. Les bâtons sont martyrisés. J’avance lentement. Martin ne m’a pas rejoint. Je l’observe plus bas. Pas au mieux me semble t’il. L’altimètre ne m’annonce rien de bon quand j’imagine la délivrance au sommet que je vois tout là haut. Ce n’est pas  LE sommet. En effet. Un replat nous attend. Le temps de reprendre quelques forces. Au niveau de la mécanique, tout va bien. Plus de ballonnements, les crampes sont une vieille histoire et le genou est maintenu en état avec ma bombe magique d’arnica. Quand au pied, ils commencent à chauffer mais rien d’inquiétant : ils ont déjà fait quelques kilomètres et il sera temps dans quelques temps d’adopter une « stratégie » de préservation ! Nous passons le torrent sous le refuge et la dernière rampe est là, diabolique. Puis c’est la prairie qui contourne le refuge. Pas de ravito ici. Dommage. J’attaque le géant. Je vois Martin au loin. L’écart se creuse. Dans ma tête, même s’il n’a jamais été question d’abandon, ce grand col est le dernier obstacle a une arrivée à Chamonix. Je vois le passage de ce col comme une délivrance pour beaucoup de coureurs parce que le Grand Col Ferret, c’est …la fouly puis Praz de fort sans col à franchir, puis quand Champex est là, le plus gros est fait. Bien sûr nombre de coureurs franchiront ce col sans voir l’arrivée mais je suis quand même convaincu qu’un passage de ce col en bon état et avec quelques heures d’avance sur les barrières horaires est synonyme de « délivrance ». Mais bon, pour l’instant, je suis dedans, en plein dedans, le nez collé à la pente. C’est laborieux, poussif, le coureur qui me précède de 5 mètres est inatteignable et je me demande encore comment j’ai pu passer ici sous la pluie, dans la boue et de nuit en 2003. Une pause Coca offerte par de sympas randonneurs dans la montée symbolise bien l’enthousiasme généré par cette fantastique épreuve. C’est simple. On passe notre temps à dire des bonjours et des mercis aux dizaines de spectateurs, randonneurs, habitants rencontrés. Et que dire de ces gamins qui nous encouragent avec nos prénoms !!!!. Enfin, le cabanon jaune du sommet se montre. Plus que quelques minutes. Martin est très loin. Un écart que j’estime à 15 minutes. Il n’est pourtant pas question que je reste au sommet. Trop froid. J’y suis. Une équipe télé est de la partie. La « légende » retiendra que, abordé par les copains de Gérard Holtz pour une interview à chaud, je les redirigerais poliment vers la cellule presse & communication de notre trio initial, à savoir …..Martin « Nicol » (voir Stade 2 du 04 septembre 2005). Je me lance dans la descente, décidé à attendre mon « attaché de presse » préféré et à reproduire le scénario du Mont Favre. Tranquille option lentement.

Grand Col Ferret – La Fouly : « Salut Martin »

Temps partiel = 1h31 ( 1h25 roadbook) ; Temps total = 19h07 ( 19h02 roadbook)

 

 

 

Je me couvre. J’alterne course et marche. Je me retourne. Bref, je profite. Je me fais doubler par un groupe de coureurs qui s’enquiert de ma santé. « Non, non, tout va bien ….j’attends un pote ». Pas sur qu’ils m’aient cru. Faut dire aussi que c’est pas la mine des grands jours à en voir la photo de Kiki qui profite de son week-end pour s’entraîner à de futures échéances. Le changement de lentilles ratés à Courmayeur m’a transformé en « mixomateux » aux yeux rouges fluos. Ca en sera presque insupportable jusqu’à la Fouly avec les quelques rayons de soleil me brûlant les yeux et heureusement, l’arrivée de la grisaille et la baisse de la luminosité me sauveront d’un mauvais moment. La Peulaz est en vue. Tout va bien mais toujours pas de Martin. Glups. Je choisis de faire une pause de quelques minutes. Alimentation classique mais toujours pas de Martin. Je repars. Descente très technique avant de rejoindre la route. Le final vers la Fouly s’annonce monotone. Route et large piste au programme. C’est cet instant que je choisis pour mettre en place ma stratégie « préservation des pieds ». Je décide de ne plus courir que sur les secteurs extrêmement lisses, sans cailloux qui sont somme toute assez fréquent sur le parcours largement emprunté. Les passages plus exposés seront marchés à une bonne allure mais cette marche réduira les chocs et ne devraient pas être trop pénalisante en vitesse. Je zappe le goudron dés que possible en empruntant le bas coté. « Cyrano » est de retour selon une fréquence pifométrique qui me va bien. Nous quittons enfin la route pour longer la rivière. Devant nous, une piste en galet. Ce sera donc de la marche. Quelques flaques de boue asséchées, je recours. Puis re galet et je remarche. Enfin la route et les premières maisons. La Fouly est là. Encore quelques détours et je passe au pointage. C’est grosse pause. 10 minutes. Toujours pas de Martin. Un coup de fil et il arrive. Ca a l’air d’aller. C’est mon tour de lui suggérer une pause express. Bof, pas chaud le Martin. Son genou le chatouille. Il hésite puis repart au bout de quelques minutes. Un peu de route et je plonge dans le sentier. Aie ! Martin m’appelle. Je me retourne. Il boite, genou bloqué. Impossible d’avancer. Il m’annonce qu’il va repartir au massage mais que je dois continuer. Glupsssss. L’UTMB sans Martin ? ça se bouscule dans ma tête. Seul, est ce que je vais y arriver ? même loin derrière ou loin devant, il était là comme un élastique qui me tire ou que je tire. Là, ce sera seul. Pas facile. Je pars pleins d’incertitudes.

La Fouly – Praz de Fort : « A la poursuite de ma barrière horaire »

Temps partiel = 1h24 ( 1h17 roadbook) ; Temps total = 20h31 ( 20h19 roadbook)

Eh, ça va bien il me semble ! je cours d’un bon pas. La tactique est maintenant claire. Courir quand le terrain le permet, pourquoi pas vite d’ailleurs (9-10 km/h) et marcher vite dés que le sol se dégrade. Je me lance. Je commence à reprendre quelques coureurs mais les écarts sont conséquents et je me mets dans la tête de rattraper cette barrière horaire virtuelle qui me nargue une dizaine de minutes devant. Je suis concentré, dans la course. Martin m’appelle pour m’annoncer son départ de La Fouly. J’ai l’espoir d’un retour mais quelques minutes plus tard, deuxième appel. C’est fini. Le genou ne veut pas, ce sera auto stop jusqu’à Champex pour retrouver la famille. Je repars dans ma course. Cette portion du parcours me plaît bien, très ludique sur un terrain varié. Praz de fort arrive et je décide de faire la course. Ma décision est prise. Je ne m’arrête plus. S’il est si difficile de reprendre des coureurs distants maintenant chacun de plusieurs minutes, il est très facile de doubler un grand nombre de coureurs aux ravitos. Ils sont 8 à Praz de fort quand j’arrive. Je m’arrête…30 secondes. Le temps d’un coca et d’un bout de fromage. Je repars au trot et m’efforce de creuser l’écart. Ah, compétition !!! . Ca y est, je viens de doubler « ma » barrière horaire.

 

 

 

 

Praz de Fort – Champex d’en bas : « le coup du ravito »

 

 

 

Temps partiel = 1h31 ( 1h49 roadbook) ; Temps total = 22h02 ( 22h08 roadbook)

 

 

 

L’écart se creuse avec le groupe que je viens de doubler. Devant, c’est le néant. Rien. Pas un seul coureur ce qui laisse envisager un trou d’au moins 10 minutes. J’attaque la montée sur Champex-Lac. Le groupe de 8 se rapproche et je suis bien décidé à ne pas me faire reprendre. J’avance d’un bon pas. Je suis de nouveau sur mon terrain. Au hasard d’une large épingle, je ne vois plus le groupe. C’est gagné. Cette montée est irrégulière. Je double quelques randonneurs. Ma décision est claire maintenant. Je ne m’arrêterait pas à Champex. Juste quelques minutes mais je veux repartir au plus vite. Je profiterais ainsi des quelques heures de jour restantes et j’ai bon espoir d’arrivée à Trient avant la nuit. Le sommet approche. Il se fait désirer. Un coureur me double, efficace. Je ne peux pas le suivre. Non loin du sommet, Yves, un pote à Martin me rejoint. Je lui explique la situation, Martin son genou et son arrêt. Il continue donc avec moi jusqu’à Champex. On discute de la course, de la forme, des courses en général, et le temps passe plus vite. Nous sommes au bord du lac. Après quelques hectomètres courus, j’éprouve le besoin de marcher. Nos discussions se font plus rares. 4 coureurs me doublent au petit trot. Je les laisse partir. Pas envie. Nous quittons enfin la route goudronnée pour attaquer le chemin forestier qui rejoint la base vie. C’est la saison des myrtilles et des gamins en pleine cueillette me propose de les goûter. C’est sympa mais j’ai hâte d’arriver. Je refuse poliment et bien entraîné par Yves, j’alterne course et marche. Champex d’en Bas est là. La foule aussi. Cette foule, je n’en bénéficierais pas du coté de Chamonix lors de mon arrivée tardive. Alors j’en profite. Les acclamations font chaud au cœur. Dés le pointage passé, la prise en charge est totale. Mon sac m’est donné en main propre. Je m’assied quelques minutes prés du ravito. Comme d’habitude ….soupe, coca, Tuc, fromage…..Il y aura aussi ponctuellement dans mon alimentation de la pâte d’amande, du chocolat, des balisto. Martin est là, en famille. Je me dépêche. Un petit au revoir et je suis déjà dehors. La pause n’aura duré qu’environ 10 minutes. J’ai toujours un peu d’avance sur mon timing et le timing du prochain secteur s’annonce « large ».

Champex d’en bas – Ferme de Bovines : « Monsieur Jacques »

Temps partiel = 1h43 ( 1h49 roadbook) ; Temps total = 23h45 ( 23h57 roadbook)

 

 

 

Je repars, fromage en bouche et Tuc en main. Loin devant, un coureur. Il court et je m’efforce d’en faire de même. Nous quittons la route pour attaquer un chemin à plat. Ce secteur plus technique me permet de rejoindre ce coureur. On discute sur la suite des hostilités. Revoilà la route. Nous marchons d’un bon pas et je le distance peu à peu. Il est temps maintenant d’attaquer la piste en faux plat montant qui précède la vrai ascension. Je marche vite, très vite à mon avis (6 km/h). Devant moi, encore un coureur, une cible. Je grignote mètre par mètre et il me faudra bien 10 minutes pour le rejoindre. Nous sommes au pied des blocs rocheux de Bovines. La vitesse chute et c’est au tour de ce coureur de me distancer, mètre par mètre. Pas grave. Finalement, c’est bien pratique. Sa silhouette me permet de deviner le sentier à suivre. Je le suis à distance. Quelques torrents à passer et je me rapproche. Il est tant d’escalader. Le temps est menaçant. Cyrille choisit cette pente immonde pour me téléphoner. Je laisse sonner. Une fois …..deux fois ….il insiste. On verra plus tard, je le rappellerais au calme. Nous doublons quelques coureurs et, non loin du sommet, je double….Monsieur Jacques. Jacques, c’est Jacques Gaymay, futur grand père, coureur habitué du devant des classements. Il fait parti des coureurs que je n’imaginais pas un jour croiser en course, surtout après 125 Km. Cette rencontre me permet de réaliser ma performance du jour. Pour lui, c’est « comme d’habitude ». On discute quelques minutes mais avouez, il y a quand même pleins d’endroits plus sympas que cette montée de Bovines pour refaire le monde. Je m’éloigne. Nous rejoignons le chemin en balcon qui file sur la droite pour rejoindre le sommet. Je suis largement en avance sur le temps prévu mais, surprise …..qu’il est long ce balcon !!! Finalement, le temps estimait pour le secteur Champex-Bovines n’était pas si large que ça. Je pointe en 23h45 pour les 125,4 Km. Je souris. Je repense à mon record sur 24h, le vrai, le seul auquel j’ai participé. J’avais fait 131 Km sur un parcours plat. Et si je battais mon record sur 24h l’an prochain, à l’UTMB !!!. Il me faudrait arriver à Trient en 24h. Cette année, je mettrais 24h55 !!!! Oups ….y a un sacré écart !

Ferme de Bovines – Trient : « Pensées bizarres »

Temps partiel = 1h10 ( 1h11 roadbook) ; Temps total = 24h55 ( 25h08 roadbook)

 

 

 

Le brouillard se lève. Je demande mon classement à Bovines. On m’annonce ….80ème. QUOI ? Je suis sur le c.l. Incroyable. Je suis aux anges. Avant de plonger sur Trient, il reste un bon raidard. Celui là, on ne l’attend pas, pensant que le ravito est synonyme de délivrance. Et il fait mal. 50 mètres de dénivelé tout au plus mais….argh, c’est rude. Le petit portillon est enfin devant moi. Je le passe et je plonge dans la descente. Prudence. Je suis seul, le terrain est piègeux et la pluie fine commence à bien détremper le sol. C’est là que survient un phénomène bizarre. Je suis concentré sur ma foulée, ma pause de pied, mon plantage de bâtons. Dans ma tête, une question revient sans cesse. Elle n’a aucun sens. Débile. Je ne m’en souviens pas mais c’était vraiment débile. A chaque pas, le regard deux mètres devant, cette question se bouscule dans ma tête. Deux pas plus loin, au hasard d’un relâchement, je me disais « mais n’importe quoi mon pauvre Yoyo ! tu ramollis du cerveau. Ca veut rien dire ce que t’as en tête. Allez, pense à autres choses ! ». Et dès que je remettais mon regard sur les cailloux et les racines devant moi, concentré, ça revenait, incontrôlable. Bizarre. Ces pensées bizarres vont me hanter jusqu’au col de la Forclaz où, le retour à la civilisation les verra disparaître. Un bout de replat est devant moi. Je n’ai pas envie de courir. La pluie est maintenant bien établi mais je sais que j’arriverais à Trient de jour. Un sacré confort. On plonge à droite. Sans surprise, comme en 2003, cette piste est très glissante. Difficile de rester debout et mes bâtons me sauveront quelques fois. Enfin la route. Puis la piste forestière. Trient est là. Des gamins viennent, toujours sous la pluie, à ma rencontre. Ils sont heureux d’être là, de courir avec moi. Moi aussi. Ca fait plaisir à voir. Je traverse le village et une charmante bénévole vient à ma rencontre. Elle me demande mon nom et où j’habite. Elle repart aussi tôt. « Houla, ils ont des mœurs bizarres ici !!! ». J’arrive sous la tente du ravito. Quel accueil. C’est  une acclamation pour « Lionel de Cavaillon ». Je suis mort de rire. Toujours au petit soin, les bénévoles discutent. Je leur reparle de 2003 et de l’accueil formidable qui nous avez été réservé « au petit matin ». Cette année, c’est « au petit soir » mais il est tout autant formidable. Si un jour je viens sur l’UTMB en tant que bénévole, je veux être affecté ici, dans ce village suisse, dernier rempart avant une arrivée triomphale dans la vallée de Chamonix. La fête y est belle, communicatrice et dieu que ça sent bon la tartiflette !!!. Jacques arrive alors que je suis sur le départ.

Trient – Les Tzeppes : « Dernier rempart »

Temps partiel = 1h06 ( 1h19 roadbook) ; Temps total = 26h01 ( 26h27 roadbook)

Il pleut. Je me couvre. La pente que j’imaginais régulière me paraît bien difficile. Beaucoup plus qu’en 2003 alors que je ferais une montée bien plus rapide. Les 600 mètres positif à gravir me paraissent interminable. Je suis seul. Pfff !!! La nuit tombe. Un petit groupe se forme. On discute des difficultés restantes. Ainsi, le temps passe plus vite. Cyrille m’appelle. Je l’avais oublié. Il est aux anges apparemment et sa joie est communicative. J’abrége cependant  et ne manquerais pas de le rappeler …demain. La délivrance approche. Nous devinons en dessus les lumières du refuge. On y est. On m’annonce 75ème. Il fait nuit noire et il pleut.

Les Tzeppes – Vallorcines : « Ah la gadoue, la gadoue, la gadoue ! »

Temps partiel = 1h27 ( 1h29 roadbook) ; Temps total = 27h28 ( 27h56 roadbook)

 

 

 

 

 

 

 

Je profite du départ de 2 coureurs pour partir à mon tour. Je me cale dans « leurs roues ». Le chemin montant puis plat doit nous mener au Point haut avant de plonger vers Vallorcines. Derrière moi, quelques frontales. Un petit groupe ne va pas tarder à se reformer. A tâtons, on cherche la bascule, l’instant de plonger dans une descente qui s’annonce acrobatique. Je suis sans peine le duo qui me précède et ils ouvrent enfin la descente devant moi. Glissante, boueuse et encore nous devons être dans les premiers coureurs à l’emprunter depuis que la pluie est apparue. J’imagine derrière dans quelques heures …un vrai traquenard. Je m’enfonce jusqu’aux chevilles. La visibilité est réduite. Quel exercice de style grisant : courir de nuit, sous la pluie et dans un léger brouillard, en descente sur un chemin défoncé. Une vrai loterie mais quel plaisir de pouvoir le faire, de s’en rendre compte, de l’apprécier sans souffrir. Le bas de la descente se fait plus herbeux donc plus glissant. Le groupe s’est enrichi de quelques unités. Nous sommes cinq. Je choisis à ce moment là l’option marche. Devant moi, mes collègues courent mais je me rends compte que ma marche athlétique est beaucoup plus sécurisante. J’ai les deux pieds au sol et avec les bâtons, ça fait 4 appuis bien nécessaires dans certains passages. Je tiens le rythme du groupe sans mal et nous débouchons enfin sous le télésiège. C’est la fin du sentier et nous rejoignons un large chemin qui descend sur Vallorcine. Le groupe éclate. Je pense aux 30 heures. Que faire ? tenter le tout pour le tout au risque d’exploser ou continuer sur ce rythme et savourer ce qui s’annonce comme une superbe performance pour moi.  Ce sera l’option 2. Le résultat est déjà fantastique et je ne veux pas revivre la douloureuse (mais inoubliable) arrivée de 2003. Ce sera donc sur un bon rythme mais en en gardant toujours sous le pied. Nous quittons ce chemin que décidément je n’aime pas. Trop de cailloux !!! En sous-bois, je me sens mieux. Je me laisse tranquillement glisser vers Vallorcines. Puis c’est de nouveau une piste, le goudron apparaît, les bruits sont de plus en plus présents. Dans la nuit, je devine des cris, des encouragements, le son des cloches. J’accélère de façon incontrôlé. Mon corps veut aller vite. Tant mieux, je le suis. L’arrêt va durer ici quelques minutes, le temps d’un changement de pile et du remplissage de ma poche à eau. Encore du fromage et ça repart.

Vallorcines – Argentières : « 2003, 2003, 2003 ….. »

Temps partiel = 1h12 ( 1h15 roadbook) ; Temps total = 28h40 ( 29h11 roadbook)

J’hésite à courir dans cette longue montée du Col …des Montets. J’ai en tête les images de Vincent Delebarre en 2004 sur le DVD officiel qui semble facile et court ici en discutant. Je peux moi aussi le faire. Impensable !!! Je me lance. Non, ce n’est pas raisonnable. Surtout ne pas revivre 2003 et ce final catastrophique à partir du sommet de ce dernier col. Je remarche d’un pas énergique. Un coureur me double. Il court. Ce n’est pas grave. Surtout ne pas revivre 2003 !!!. Le brouillard m’enveloppe. La température est toujours clémente. Quelques voitures passent sur ma droite et j’imagine la tête des conducteurs en voyant sous la pluie un marcheur-coureur ici à 23h. Ca y est, je suis au col. Je bascule. 2003, 2003, 2003 ….cette pensée m’obsède. Je suis décidé à vivre les derniers hectomètres par secteur. Il ne reste pas 12 kilomètres jusqu’à l’arrivée. Juste 2 Km pour Argentières puis encore 5 Km et 5 Km. Argentières est endormi. Je regarde encore mon chrono. Pour les 30 heures …..en 2006 !

Je cherche ma route. La rue principale. Au loin, ça s’agite. J’arrive. Un petite fille s’approche de moi « Vous voulez une crêpe ? ». Que dire. Mon visage doit s’illuminer à ce moment là. Mes yeux mixomateux doivent devenir encore plus rouge. Je suis tout retourné. « Ben bien sûr que je veux une crêpe ». Elle part en courant avec sa copine, un sourire grand comme ça, chercher du sucre et me tends la crêpe. Que dire !!!! La meilleure du monde. Il est 23h40, il pleut et une gamine de  8 ans m’offrent une crêpe. Emotion !!!!

Argentières - Chamonix : « Le premier d’une longue série »

Temps partiel = 1h37 ( 1h48 roadbook) ; Temps total = 30h17 ( 30h59 roadbook)

 

 

 

 

 

 

 

Rue principale direction Chamonix. La ville est endormie. Un dernier au revoir et je repars. Le petit balcon Sud m’attend. Un coureur me double. J’essaye de la suivre. Impossible. Le chemin me paraît trop caillouteux pour mes coussinets fatigués. Je le laisse filer. C’est long. C’est lent. Je cours peu. J’aperçois de temps à autre quelques frontales. Où ça ? loin ! Ce chemin doit être sublime de jour. Les nombreux bancs qui le bordent sont là pour en témoigner. Je m’escrime à suivre le fléchage. Pas simple dans le brouillard. Et ça monte, et ça descend. Je reprends 2 coureurs. Puis encore 2 autres. Dernier raidard et dernière occasion de doubler 2 coureurs. Nous sommes en haut. Dernière descente. Je me mets à courir. Au fond là bas, la rue éclairée de Chamonix. Dans un dernière couloir obscur, je dévale sans pause ce dernier sentier. Ce couloir vers la lumière, c’est un au revoir à une nuit de solitude parsemé de quelques instants de civilisation euphorique. La rue est à moi. Je voltige. Tout va bien. Je dévale à 10 km/h les derniers hectomètres. Quelques passants ou curieux m’acclament. J’en profite. Je le sais. Ce sont des instants rares. Les boutiques sont là. Au fond, c’est fini. Dernier virage. Je m’arrête. C’est fini. Je tiens plus que tout à savourer cette arrivée. Je lève les bras, regarde partout, imagine une foule de 200 ou 300 personnes où il n’y en a que 30. J’avance en marchant. Je regarde partout. Sandra est là à quelques mètres de la ligne. Enzo pas trop loin, dans la voiture. Je suis bien, serein, comme je l’ai rêvé pendant 2 ans. Je vais resté là une bonne demi heure pour profiter, savourer avant qu’un méchant orage ne nous pousse à rentrer au chaud. Je suis le premier coureur en 30 heures et quelques d’une longue série.

Epilogue

 

Dimanche matin, 12h. Je viens de récupérer mes sacs, je marche presque normalement, j’ai passé une bonne nuit, au chaud, après une douche et un déjeuner copieux. Nous approchons du centre ville pour rejoindre le parcours. Les gens crient, applaudissent. Derrière 2 rangs de spectateurs, j’aperçois enfin le héros. Je ne sais pas qui il est mais mes poils s’hérissent, mes yeux se mouillent. Je me cache. Ma plus belle émotion du week-end est devant moi. J’ai encore des frisons en écrivant ces lignes. Lui seul sait d’où il vient. Moi, j’imagine et c’est un héros. Il vient de passer 2 nuits dehors, affronter la pluie, la fatigue. Une autre course. Je rejoins Etienne et Annick, spectateurs d’un défilé extraordinaire. Certains ne s’en rendent pas compte, d’autres savourent en famille. Je n’oublierais pas la barbe d’au moins deux jours (forcément !!!) et le sourire « émail diamant » d’un coureur du Layon dévalant les yeux brillants les derniers hectomètres, les bras levés avec dans ses mains, ….ses chaussures.

L’UTMB est une course sublime où les héros arrivent le dimanche, sous le soleil.

Un dernier petit mot pour mes 2 acolytes, Patrick et Martin. Je leur dois beaucoup. Sans eux, la course aurait eu une autre allure, une autre durée. Point de départ « un peu rapide », point de départs « effrénés » des ravitos, pas de longues « poursuites » derrière l’un ou l’autre, pas de descentes en roue libre. La course en équipe est une formidable alliée pour affronter les tentations de cette course. Ils ne le croient sûrement pas aujourd’hui mais je suis convaincu que les 30 heurs pour eux ne devraient être qu’une formalité ….

Yoyo_coureur_d’ultras
 
Par Yoyo - Publié dans : Carnet d'UTMB 2005
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Jeudi 1 septembre 4 01 /09 /Sep 00:00

Photo génialement réalisée par Mohsen Jabri

Photo génialement réalisée par Pascal Martin
 
Par Yoyo - Publié dans : Carnet d'UTMB 2005
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