Millau 2001
Après mon échec de 2000 et mon abandon au 65ème Km en haut de Tiergues, et malgré les dires de lOstéopathe qui mavait annoncé que je ne pourrais plus courir que sur des distances courtes, je suis au départ. Il fait orage et ça va durer pendant 45 Km, le temps de la première boucle. Coté logistique, jai prévu de faire seul (sans suiveur) la première boucle, Denis devant me rejoindre vers Millau pour faire avec moi les 55 derniers kilomètres en VTT..
Cest parti sous lorage. Je ne vais pas quitter mon sac poubelle pendant 4 heures. Je fais le départ tranquille. Mauvais souvenir de lannée passée où après 500m, javais déjà mal au genou, je suis à lécoute du moindre grincement, couinement, chuchotement de mon corps. Tout vas bien, et peu à peu, joublie cette appréhension qui me tiraille. Une pause technique et cest parti, direction Aguessac. Sur la double voie qui précède, je me retourne plusieurs fois pour observer ce gigantesque peloton. Ca me rappelle, étant plus jeune, les Unes, chaque année du journal Midi Libre qui nous mettaient au moins 2 pleines pages sur cette course mythique. Jétais bien jeune et bien loin de penser que moi aussi, un jour, je serais au départ.
Je pars sur une base de 10 km/h . Il ny a un marquage au sol que tous les 5 km et cest donc au feeling que jestime ma vitesse.
Aguessac : tout le village est dehors et cest aussi le lieu où tous les suiveurs sont autorisés à suivre leur poulain. En courant, on ne sent pas la pluie et le froid, mais pour les suiveurs, cest autre chose. Ils vont passer une sale journée. Rien à signaler pendant les 20 premiers kilo. Cest plat jusquau Rozier. Il y a même une éclaircie de la météo. Il ne pleut plus et beaucoup de concurrent se débarrassent des imperméables et autres protection anti pluie. Je garde la mienne. Cest le bon choix, la pluie va redoubler dans quelques kilomètres.
Le Rozier, cest lextrémité Nord du parcours. On passe dans ce charmant village (à lheure du déjeuner pour moi), puis sur un pont qui enjambe le Tarn, et ça repart pour une succession de grimpette pendant 15 kilomètres. Sur nimporte quel autre 100 Km, cette partie du parcours serait qualifiée de montante et difficile, a Millau, cest presque plat en comparaison des 50 derniers kilo. Le ravito et je repart tranquille. Les montées et les descentes se succèdent. Tous va bien jusquau 35ème ou je sens mes jambes durcir. Cest sûrement la pluie froide qui fait ça. Denis me rejoint. Il est frigorifié. Moi ça va. On se rapproche de Millau. A Millau plage, jéprouve le besoin dalterner quelques instant de marche. Puis cest la traversée de Millau pour remonter jusquau Parc de la victoire. Il marque larrivée au Marathon. On croise aussi dans Millau, les autres concurrents qui sont déjà repartis en direction de Saint Afrique. Ils me paraissent tous mieux que moi et je suis de plus en plus dans le dur.
Une pause express et je repars direction Saint Afrique. Je sais quà Creissels, la famille mattend pour des encouragements que jespère salvateur. Jarrive enfin. Isa et Sandra sont là, avec le café chaud. Je suis au bord de labandon. Pourvu quelle nen parle pas (de labandon). Je pourrais craquer. Je marrache de ce confort douillet. Ca na jamais été aussi dur (pour linstant). Je traverse Creissels en marchant puis ça repart un peu. Oh surprise, quelques centaines de mètres plus loin, les idées dabandon sont déjà loin. On attaque la longue montée de Saint Georges (2 Km). Là, y a pas dalternative. Je marche, je discute avec Denis. La plongée vers Saint Georges(2.5 Km) me permet de reprendre mon rythme alternatif (course, marche, course ..). Le faux plat ente St Georges et St Rome (8 Km) mavait paru très long lannée dernière. Ca va être pareil cette année. Jalterne toujours course et marche. Cest aussi dans cette portion que lon commence à croiser les premiers qui rentrent sur Millau. Cest très plaisant et je ne courrais plus seul jusquà larrivée.
Une anecdote : depuis quelques kilomètres, je cours avec une concurrente qui a adopté un rythme très régulier (environ 8 Km/h). Elle a un style très « mécanique », ou apparemment il ny a pas de place pour la discussion, distraction et autres flâneries. Elle est à fond dans son truc. Elle court à 8 et moi jalterne des portions de course à 10 puis de la marche à 6. Du coup, on se double régulièrement. Je marrête au ravito, pas elle (son suiveur sen charge). Je marche en montée, pas elle. Je cours à 12 en descente, elle est toujours à 8. Ca va durer pendant des kilomètres, jusquau 85ème ou elle a eu un problème et son suiveur la soutenait à coté de son vélo. Je ne la reverrait plus.
Bref, après Saint Rome arrive la côte de Tiergues (3 Km). Je marche. Le soleil est revenu depuis un bon moment. Denis en profite pour se dégourdir les jambes et mattend en haut de la côte. Jen profite pour discuter avec un concurrent « expérimenté ». Je lui raconte mes difficultés morales pour repartir de Millau. Il nest pas surpris. Il connaît. On discute ensuite de lutilité du suiveur. Il mexplique quil a essayé sans et avec suiveur et que maintenant, il court tout seul. Cest compliqué un cent bornes mais cest encore plus quand il faut gérer pour 2. Je suis pas loin dêtre daccord avec lui, jusquà ce que je me rende compte que, sans Denis, à partir du 80ème, je naurais pas fini. Mais jessayerais quand même une fois, seul. En haut de Tiergues, cest linconnu. Javais arrêté ici lan dernier. Je pars donc vers linconnu, Saint Afrique à 6 Km (de descente). Le final est très pentu. Toujours de lalternance course-marche. Lobjectif des 10 Km/h est oublié. Finir, je veux finir. Quand je pense à larrivée, je suis ému, une boule dans la gorge et les yeux larmoyant. Jen parle à Denis « timagine, je vais finir ». Une pause à Saint Afrique. Je repars et il fait encore jour. Javais décidé depuis le départ de ne pas mattarder aux ravitaillements. Pas de pause, massage et autres sieste. Caurait été trop dur de repartir. La remontée de la cote de Saint Afrique (6 km) se fait en marchant. Plus haut, cest moins raide et je trottine un peu mais je sens bien que la route va encore être longue jusquà Millau. Ensuite la descente. Jalterne toujours course et marche. Je me fais doubler par quelques concurrents. On arrive dans St Rome. Je mets ma frontale pour affronter la nuit. 200m plus loin, elle rend lâme. Ce nest pas grave, la nuit est claire. Je marche de plus en plus. Denis nen peut plus. Il a mal au c Il décide de marcher avec moi. Gros éclat de rire. Mon rythme de marche est « extrêmement » rapide (8 Km/h environ) et quand il descend du vélo, il doit courir pour pouvoir me suivre. Il remonte sur son vélo en prenant soin de ne pas sasseoir sur la selle. Entre St Rome et St Georges, y a un ravito : Excellent. Cest la nuit, en pleine campagne. De la musique, une odeur de grillade. Lenvie de sasseoir et de rester là des heures à discuter avec les bénévoles. Sûrement le plus petit et le plus sympa ravito de la course. Jarrive enfin à St Georges. Cest dur. Je suis sur des bases de 1h 30 au 10 km. Cest pas terrible. Il me reste la côte de Saint Georges puis la plongée sur Millau. La côte est longue. Je marche. Denis en a marre. Je navance plus. Ou est le plaisir ?. Je pense à larrivée et je néprouve plus rien. Cest trop dur. La descente, cest pire. Pire que la montée ou je contrôlais mon rythme. Là je dois me freiner. Et je peux plus. Mes cuisses me brûlent. La descente est raide. Denis en profite pour faire une petite pointe de vitesse dans cette longue ligne droite. Je suis seul. Chaque pas me provoque presque un cri de douleur. Enfin, la délivrance, ça remonte vers Creissels. Je me remets à courir. Je nai même pas la force de faire le détour de 20 mètres pour aller me ravitailler à la salle des fête du village. Denis sen charge. Je continue. Les lumières de Creissels puis de Millau me redonnent des forces. Je passe sur la piste cyclable, le pont qui enjambe le Tarn. Il me reste 2 Km pour remonter jusquà la place de la Victoire. Je remonte par les trottoirs, dans lindifférence, jusquau Mandarous. La dernière ligne droite. Un concurrent me double au sprint. Je suis perplexe : quel intérêt ?. Enfin, je rentre dans le parc. Sandra me rejoint à 50m de larrivée. Elle croit que je vais courir. Je ne peux plus. Larrivée est là, devant moi. Un détail : à Millau, tout le monde arrive sur le podium mais pour arriver sur le podium, il faut monter sur le podium. Quelques marches et un plan incliné. Lhorreur. Jai failli finir à 4 pattes. Cest fini. La photo darrivée, le diplôme dans les minutes qui suivent et pour cette 30ème édition un superbe « Dupond-Durand » (statuette en terre cuite, spécialité locale) dun coureur qui ornera mon salon.
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