Champignons, cailloux et petites foulées !!!
Chamonix – Les Houches : « ça roule » / Temps partiel réalisé : 0h48 (prévu : 0h50 ) / temps total : 0h48 (prévu : 0h50)
C’est parti. Bien moins placé sur la ligne qu’en 2005, je suis malgré tout bien décidé à ne pas me laisser enfermer et à tirer un peu sur les jambes jusqu’aux Houches où, une fois placé, il sera temps de retrouver le rythme UTMB qui va bien. Je me faufile entre les haies de spectateurs et mes collègues coureurs et j’attaque le chemin en bord de rivière avec le palpitant bien énervé. Bizarre …je ne reconnais pas ce chemin !!!! Michel m’avouera plus tard qu’il a été transformé en piste cyclable. Effectivement, c’est beaucoup plus roulant cette année et sauf un ou deux passages marchés, c’est à plus de 10 Km/h que je retrouve le goudron à l’entrée des Houches. Devant, un petit bout de féminine entouré d’un groupe compact de garçons. C’est bien elle…Karine Herry. J’hésite un instant à l’aborder pour lui demander son tableau de marche, ses prévisions mais, éternel timide, je me contente de la voir s’éloigner après son ravitaillement express auprès de son mari. Pour ma part, il est temps du premier arrêt, nécessaire pour remplir mon unique bidon de 500 ml. Le second est dans le filet du sac et ne devrait servir qu’à quelques rares occasions, quand l’espace entre deux ravitaillements se ferra trop long. A ce petit jeu, j’espère donc gagner en légèreté mais il n’est pas question d’en rater un seul.
Les Houches – Col de Voza : « Incroyable » / Temps partiel réalisé : 0h48 (prévu : 1h05 ) / temps total : 1h36 (prévu : 1h55)
Une petite frayeur en ayant cru perdre le bouchon de mon bidon dans la précipitation et ça repart. Le palpitant toujours aussi haut, il est temps de se mettre en mode marche dès les premières rampes. La bonne nouvelle du jour vient de mon moral. Habitué des « coups de calgon » dans les premières heures de course, avec d’irrépressibles envies de rentrer chez moi, au coin du feu à manger une bonne fondue, je n’ai cette année aucune pensée négative. Tout va bien (en fait, le cafard, je l’ai eu 3h avant le départ où la séparation avec la famille a été un déchirement). Premier et unique replat de ce col de Voza. Pas d’affolement. Je marche. Val, compagnon de Fortich’OFF en profite pour me rejoindre. Je lui dirais bien de rester là calmement avec moi. Je n’en fais rien ….j’ai bien fait ….il me prendra 20’ jusqu’au xcontamines (J’apprendrais plus tard que nous avons fait une course quasi similaire des contamines à Trient, lui 20’ devant moi, avant que je ne le rejoigne et que nous finissions ensemble). Val s’envole donc et je commence à regarder avec insistance mon altimètre / chrono. Incroyable. Je suis presque en haut du col et j’ai une avance indécente sur mes meilleures prévisions. Prés de 19’. On m’annonce 300ème non loin du sommet alors que j’ai pointé 500ème aux Contamines en 2005. Incroyable. C’est ça de pris et nul doute que ce petit capital temps facilement gagné me servira pour la suite de la nuit.
Col de Voza – Les Contamines : « Les Fortich’eurs » / Temps partiel réalisé : 1h26 (prévu : 1h27 ) / temps total : 3h02 (prévu 3h22)
Récompense de ce départ rapide, j’aborde de jour les principales pentes descendantes après le col de Voza. Un vrai confort et je vois avec surprise arriver un autre « Forticheur », Stéphane Couleaud. Gonflé à bloc, il a l’air le plus heureux des hommes et je le laisse s’éloigner sur un terrain qu’il a l’air de plus apprécié que moi. J’attends patiemment les choses sérieuses, les grands cols qui s’annoncent pour trouver un terrain plus propice. Dans la série « Forticheur », le troisième et dernier de la série sera Eric Bonotte. Parti prudemment avec son attelle au bras, je n’ai guère espoir de le revoir plus tard et prends bien soin de lui souhaiter bonne route …..Je ne l’ai pas revu depuis !!!!!! (16ème en 24h28). La nuit nous enveloppe et les discussions s’installent dans les gentilles montagnes russes qui précédent les Contamines. Le mono trace avant le ravitaillement est l’occasion de sentir poindre une première crampe et je débouche aux Contamines …L’ambiance est délirante, « staracadémique »..
Les Contamines – Notre Dame de la Gorge : « je m’interroge » / Temps partiel réalisé : 0h31 (prévu : 0h30 ) / temps total : 3h33 (prévu 3h52)
Je retrouve avec plaisir le chemin en bord de rivière, éviter en 2005 pour cause d’éboulement. Les sensations ne sont pas là sur ce secteur même si je me surprends à trottiner sans effort là où mes compagnons de route alterne course et marche. Ce sera d’ailleurs le cas toute la course : j’aurais beaucoup plus de facilité à courir non-stop là où j’étais un adepte du Cyrano improvisé. Sur cette portion, je cogite pas mal et m’interroge souvent sur ces 20’ « gagner » jusqu’à Voza alors que depuis, sans rien changer, je me recale dans mes temps de référence, sans rien gagner. Etonnant.
Notre Dame de la Gorge – La Balme : « 250 ….220 » / Temps partiel réalisé : 0h44 (prévu : 0h47) / temps total : 4h17 (prévu : 4h39)
Pour moi, la vraie course démarre ici. C’est parti. On m’annonce 250ème au pied du col du Bonhomme. Je cherche le rythme qui me va bien, sans chercher à trop en faire. Peu à peu, je reprends quelques coureurs. Je m’amuse à décompter les places : 249…246…242. Tout va bien mais il n’est plus question, comme en 2005, de reprendre des coureurs par dizaine. Les coureurs qui m’entourent sont proches de mon niveau et finalement, ce sera une constante tout le long de la course : ce sera de plus en plus rare de doubler des coureurs, de plus en plus difficile et ce ne sera pas rare d’avoir un coureur 10 mètres devant ou 10 mètres derrière, en équilibre, sans ni se faire rattraper ni rattraper le coureur devant moi. A ce petit jeu là, j’aurais même le sentiment, du coté de Courmayeur de me retrouver entouré de sacrés gaillards, bien plus costauds que moi. Je me sentirais « petit coureur » au milieu des discussions sur telle ou telle course et en entendant tel ou tel classement. Impressionnant ! Le plat avant la Balme est sous mes pieds. Je recours et retombe sur Stéphane Couleaud. Pas super le Stef, quelques soucis gastriques. Je le passe en « prenant la roue » d’un coureur qui grimpe sur un super rythme. Je me cale avec lui et on remonte quelques coureurs avant l’arrivée à ravito. On doit pointer à la 220ème place environ. Il est temps d’enfiler la polaire sans manches sur mon tee-shirt manches longues et de passer une paire de gants longs. La fraîcheur se fait sentir.
La Balme – Croix du Bonhomme : « traditionnelles crampes » / Temps partiel réalisé : 1h20 (prévu : 1h16) / temps total : 5h37 (prévu : 5h55)
La partie la plus rude de ce col est devant nous. Là non plus, je ne reconnais pas le parcours. Je ne me lasse pas de regarder le chapelet de frontales qui démarre là bas en fond de vallée. Les sensations sont mitigées. Sur le replat avant le gros tumulus, quelques coureurs me passent. Je marche. L’ascension reprend et je n’arrive pas à rejoindre les coureurs qui me précédent. Je plafonne. J’y parviens enfin quand la pente se fait moins raide et tente quelques foulées pour doubler quelques collègues. Bing ! C’est les crampes qui me stoppent et je vois repasser 2 fois plus de coureurs que je ne viens d’en doubler. Je n’explique toujours pas ces crampes qui m’ont saisi au même endroit en 2005 avant de disparaître définitivement du coté des Chapieux. Je repars et recommence mon ascension. Ca va radicalement mieux et je recommence à doubler goulûment en vue du sommet quand, rebelote, les crampes me stoppent. Les Gendarmes de Haute Montagne viennent à mon secours, me tirent sur les jambes, me remplissent mon bidon d’eau et après 2’ d’arrêt, je repars. Il ne me reste plus qu’à trépigner derrière mes compagnons de route sur le sentier caillouteux qui mène à la Croix du Bonhomme. Je viens de les doubler 2 fois en 10’ et je m’attends à me faire chambrer si je recommence cet exercice une troisième fois. Je reste donc sagement en queue du groupe. Nous basculons au sommet et je fais une pause de quelques minutes pour masser mes genoux douloureux avec un peu d’arnica.
Croix du Bonhomme – Les Chapieux : « le chemin retrouvé » / Temps partiel réalisé : 0h41 (prévu : 0h43 ) / temps total : 6h18 (prévu : 6h38)
Le temps est venu de valider mes progrès en descente. Je vais savoir. Rapidement je me rends compte que, effectivement je suis plus alèze que mes compagnons de route. Le terrain, quelque peu humide mais tout a fait praticable me convient à merveille et je descends sur un bon rythme jusqu’au petit pont matérialisant la fin de la descente technique et le début du chemin forestier menant aux Chapieux. Pfff…je ne l’aime pas ce chemin, qu’il est long. C’est un vrai mystère car sur le roadbook, il est bien précisé qu’on doit quitter ce large chemin pour un sentier mono-trace qui plonge sur le ravito. Pourtant, au vu des frontales qui dandinent au loin, les coureurs qui me précédent sont sur le chemin qui serpentent en large lacet. Sauf que, d’un coup, devant moi, un coureur pique à gauche. Bingo, je ne l’aurais jamais pris et là, apparemment un gars qui connaît bien le terrain me montre la voie. Je le suis et derrière ça suit aussi. Le sentier mono trace est sous nos pieds. Le gain en temps par rapport aux coureurs qui suivent le chemin forestier ne sera pas énorme au final mais c’est quand même beaucoup plus ludique. J’arrive aux Chapieux en conservant 20’ d’avance sur mon timing mais je sais très bien que ce capital temps partira en fumée d’ici le Lac combal. Un petit bilan coté forme : tout va bien ! Je ne souffre pas du froid, les jambes sont bonnes et même si les sensations sont fluctuantes, j’ai le sentiment de ne pas forcer, de pouvoir durer ….bonne nouvelle en somme.
Les Chapieux – Col de la Seigne : « avec Michel » / Temps partiel réalisé : 2h (prévu : 1h55 ) / temps total : 8h18 (prévu : 8h33)
Après avoir, pour la première fois depuis le départ, rempli mes 2 bidons (il me faudra plus de 2h jusqu’au prochain ravitaillement), je repars affronter la longue et monotone montée jusqu’à la ville des Glaciers. Quelques coureurs me doublent et je choisis volontairement de marcher dés la sortie du ravito. Enfin, un coureur me rejoint. Cool, on va pouvoir discuter. C’est un corse qui trouve qu’il fait froid et que le terrain est trop roulant. Nul doute qu’il serait mieux du coté du Grand Raid de la Réunion. En attendant, il me booste allégrement et je suis bien content de sa présence. Ca remonte de derrière et le duo s’enrichit d’un troisième puis d’un quatrième coureur. Tient ! Mais on dirait Michel Poletti!!! Quelle surprise. Je rêvais bien un jour de courir à ses cotés, mais j’imaginais que ce serait bien plus tard dans la course. La discussion s’engage et le groupe se disloque sous le rythme de Michel qui m’avoue cependant ne pas être dans un grand jour. La route est douce ainsi lorsqu’on la partage avec des copains. Il est temps d’aborder les premières rampes du col de la Seigne. Michel s’envole le temps d’une pause technique mais quelques minutes plus tard je suis à nouveau dans ces pas. Encore quelques mots mais le terrain n’est plus propice et ce sera chacun à son rythme. Je file peu à peu. Les derniers hectomètres me paraissent interminables et les quelques rares coureurs repris à mi pente profite de cette petite lassitude pour prendre les devants en vue du sommet.
Col de la Seigne – Lac Combal : « solitude » / Temps partiel réalisé : 0h33 (prévu : 0h35 ) / temps total : 8h51 (prévu : 9h08)
Je passe sans m’arrêter à la frontière et file dans la descente. Bof, rien de bien sur cette partie. Le coup de barre se confirme, la lucidité diminue et j’ai un peu de mal à apprécier la descente qui s’offre à moi. Dans un état un peu cotonneux (je vais même rater la piste principale), je me laisse descendre, tel un pantin désarticulé. Les écarts sont déjà énormes entre les coureurs et les niveaux étant assez proches, la solitude se fait sentir. Rien derrière à moins de deux ou trois minutes, pas mieux devant. Le plat sous le refuge Elisabetha est l’occasion de dérouler ma foulée et, à ma grande surprise, elle est là, souple, efficace. Je passe cette portion non stop en trottinant et plonge vers le lac combal. Bonne idée que d’avoir mis le ravito en bas, le vent se ferra peut être moins sentir. J’aborde le sentier monotrace bien technique qui plonge vers les lumières du ravitaillement en constatant avec surprise, que, comme en 2005, certains coureurs ont fait le choix de rester sur le chemin principal et ont pris les larges épingles plutôt que ce sentier quelque peu « casse-gueule ». La soupe est bienvenue.
Lac Combal – Arête Mont Favre : « ça revient » / Temps partiel réalisé : 1h05 (prévu : 0h57 ) / temps total : 9h56 (10h05)
Je repars alors que Michel arrive. Il ferra une pause de 45’ ici, une tradition pour lui, adepte des dodos flashs. Convaincu que l’ultra est une affaire de détails, je sais depuis longtemps que je ne courrais que peu sur le long bout droit qui mène au pied de la montée de l’arête Mont Favre. Je tiens absolument à économiser ma voûte plantaire, extrêmement douloureuse dans le final de mes deux précédents UTMB, et je suis décidé à ne pas courir sur ce secteur plein de petits galets. Je choisis l’option ciment en courant dés que possible sur le bas coté, au risque de me péter une cheville sur les bornes qui le bordent. Ah, quand j’ai une idée en tête !!!!! C’est parti ensuite pour une des montées les plus rudes, sur le papier, de la course. Je vais la passer en rigolant, sans soucis, sans même me rendre compte de la pente si ce n’est en regardant les nombreux coureurs en souffrance que je double. Le coup de moins bien est derrière moi et je vais pouvoir enchaîner jusqu’à Courmayeur avec de très bonnes dispositions.
Arête Mont Favre – Col Chécroui : « ça roupille » / Temps partiel réalisé : 0h39 (prévu : 0h35 ) / temps total : 10h35 (prévu : 10h40)
La nuit est encore là. Le jour ne se lèvera que du coté de Courmayeur. Rien de grave. Les frontales au loin permettent d’estimer très facilement les écarts entre coureurs. Je profite de ma relative aisance en descente (euh, je suis loin d’être dans la catégorie « bon descendeur », très loin) pour reprendre quelques coureurs. Les dégâts commencent à se faire sentir au vu de la faible allure de certains. Courmayeur tombera à point pour une remise à niveau de tout ça. La descente s’enchaîne, et encore une fois, je ne reconnais pas le parcours. Décidément !!! Je rattrape une réunionnaise peu avant le col Chécroui. Elle me demande « combien de temps jusqu’à Courmayeur ? » « Environ 45’ ». Un peu moins pour elle quand je la verrais s’envoler dans les pentes raides qui plongent dans la vallée. Elle avait sous les pieds des pentes dignes des terrains de jeu sur son île. Petite déception au col qui m’avait habitué à une grande fiesta. C’est encore tout endormi et nul doute que la fête sera pour les copains, derrière, une fois le soleil levé.
Col Chécroui – Courmayeur : « j’aime pas…j’aime » / Temps partiel réalisé : 0h41 (prévu : 0h45 ) / temps total : 11h16 (prévu : 11h25)
Je quitte en silence et en marchant la baraque du Col Chécroui pour affronter la rudesse de la longue descente qui m’attend. Fromage, tuc et saucisson était au programme de mon petit déjeuner avant un plat de pâtes pour guise de deuxième petit déjeuner, du coté de Courmayeur. La féminine réunionnaise m’enfume littéralement dans cette descente poussiéreuse et sans plaisir mais apparemment avec efficacité je retrouve le large chemin forestier qui serpente vers la vallée. Le plaisir, immense, va revenir dans le petit monotrace qui part à gauche. C’est ça que j’aime. De la pente mais pas trop, un sentier assez propre, sans trop de cailloux et des enchaînements de virages qui accentuent l’impression de vitesse. Je me lâche et arrive à regret bien trop tôt sur le goudron qui nous amène via le cœur du village à la première base vie du parcours. La pause est de longue date prévue très courte mais tout ne se passera pas comme prévu. Un gel explosé dans la poche de ma polaire, malicieusement répandu sur mon cuissard et mon slip et c’est quelques minutes de perdu pour un changement de tenue intégral. Rien de grave. La base vie est encore calme, pas trop peuplée et ma pause durera 15’, le temps de m’auto-masser les jambes avec de l’huile à l’Arnica (Génialissime ce truc pour repartir avec des jambes « neuves ») et de m’offrir une louche de pâtes.
Courmayeur – Refuge Bertone : « ça revient et ça s’en va » / Temps partiel réalisé : 1h36 (prévu : 1h23 ) / temps total : 12h52 (prévu : 12h48)
Il est 6h30 quand je quitte Courmayeur. La ville est encore endormie et c’est en marchant d’un bon pas que je traverse avec quelques coureurs le centre de la ville. Mes compagnons de route me paraissent bien plus costauds que moi et je me fais tout petit dans le groupe qui se forme. Je connais ma force, ce n’est pas ma vitesse mais plutôt ma très grande régularité et le peu de pauses qui me sont nécessaires pour récupérer et avancer. Pas surprenant donc que je côtoie ici des coureurs à priori plus rapides que moi mais qui ont du profiter plus longtemps du confort de la base vie. Nous quittons la route. Mes compagnons s’éloignent. Pas d’affolement. Je vais assister à un phénomène qui va se reproduire plusieurs fois durant les prochaines heures. Un groupe de coureurs se rapprochent de moi par l’arrière. Mon allure est constante et je m’attends à les voir me doubler d’ici quelques minutes. Je me retourne fréquemment. Ils approchent. Je me re-retourne, toujours pas là !!! Je poursuis mon effort. Un nouveau coup d’œil, ils s’éloignent. Un peu comme s’ils avaient explosé, je vais assister plusieurs fois à ce petit jeu du coureur « qui revient puis qui recule ». Du coté du refuge Bonatti, de la Fouly ou de Trient. C’est marrant ! Ça fait passer le temps quand, de mon coté, je ne peux rien faire que de garder ce rythme qui semble éternel. Le sommet est là et je « pointe » avec quelques minutes de retard sur mon tableau de marche. Le jour est bien levé, superbe, et le spectacle qui va s’offrir à moi jusqu’au Grand Col Ferret m’enthousiasme déjà.
Refuge Bertone – Refuge Bonatti : « esprit compét » / Temps partiel réalisé : 1h10 (prévu : 1h17 ) / temps total : 14h02 (prévu : 14h05)
Petite discussion avec un bénévole du corps médical consciencieux « Vous êtes sur que ça va ? » « Ben oui, pourquoi ? » « Vos yeux ? » « Ah, oui, je sais ! Rien de grave ». La nuit a fait son œuvre. Légèrement myope, j’ai fait le choix de courir sans lunettes durant la nuit. De par l’effort fourni pour fixer le halo de ma frontale (super d’ailleurs la Myo XP), j’ai maintenant les yeux gonflés, rougis, inquiétants apparemment si j’en crois les regards insistants dont je fais l’objet et le gros plan prolongé dont je vais bénéficié sur la ligne d’arrivée par un caméraman de l’organisation. Mes lunettes de soleil (adaptées ma vue) feront merveille toute la journée mais le sel aidant, les dernières heures de nuit se feront quelques peu dans la douleur : une bonne raison pour terminer de jour en 2007 !!!!! Je repars affronter le long balcon avec vue cinémascope sur le Massif du Mont Blanc versant italien. J’avais bénéficié de la locomotive «Martin » en 2005 sur ce secteur et je suis bien content de voir devant moi un groupe de 4 coureurs. A distance certes mais je les vois. 2 coureurs me rejoignent et me passent. Nous partons à l’attaque, à la poursuite du groupe qui nous précède. Pas d’affolement. Je laisse faire en suivant en dernière position. Peu à peu, ils me distancent et je les vois au prix d’un bel effort fait de nombreuses relances dans les petits bosses rejoindre les 4 de devant. Je suis à 1’. « Ca va attaquer !! » me dis je. Bingo, mes anciens compagnons de route prennent la tête du groupe et ….le disloquent. Je suis toujours là, en spectateur à assister à cette passe d’arme. Là aussi, ça occupe dans cette portion de transition avant le Géant de l’UTMB. En vue du refuge Bonatti, il est temps de ramasser les morceaux, les « éclopés » du groupe qui une fois livré à eux-mêmes ont toutes les peines du monde à relancer. J’en reprends un, puis deux et le refuge et là. La pause ravito traditionnellement express pour moi sera l’occasion de repartir devant la plupart des membres du groupe qui se sont livrés bataille et pour qui, une pause s’impose (un peu romancé ce passage mais finalement, c’est comme ça que je l’ai vécu !!!)
Refuge Bonatti – Arnuva : « Que la montagne est belle » / Temps partiel réalisé : 0h49 (prévu : 0h46 ) / temps total : 14h51 (prévu : 14h51)
Les écarts sont énormes ici et je n’ai aucun espoir de revoir le coureur qui me précède là bas, tout là bas. Ca revient de derrière. Deux coureurs qui, de nouveau, me proposent un rythme qui me convient largement. Bien content de suivre. Je me cale derrière et c’est sur un bon tempo que nous plongeons vers Arnuva. Tout va bien. Au loin, là bas, tout en haut, on aperçoit distinctement l’abri qui matérialise le sommet à atteindre d’ici une grosse heure.
Arnuva – Grand Col Ferret : « Au milieu des randonneurs » / Temps partiel réalisé : 1h16 (prévu : 1h19 ) / temps total : 16h07 (prévu : 16h12)
Pause express, comme d’habitude et je pars en marchant affronter celui qui, selon moi, est le Géant de la course. Rien devant, rien derrière. Heureusement que les groupes de randonneurs me serviront de point de mire. C’est parti, concentré, comme si un régulateur était programmé quelque part dans ma tête. J’attaque les premières rampes et, naturellement, le rythme qui va bien s’impose. Impossible d’aller plus vite, une sensation que l’effort n’est pas maximal et que je n’aurais aucun mal à le tenir jusqu’en haut. Le spectacle proposait est grandiose et les instants passés ici seront pour moi les plus agréables de la course. La fraîcheur du matin me va à ravir et l’heure matinale est celle des randonneurs. Ils sont de plus en plus nombreux sur le bord des chemins et l’ascension qui s’annonce sera une procession aux milieux de « fans » tous plus admiratifs de nos exploits. Ca pousse et j’en surprendrais même un, nostalgique du Tour de France, en train de me pousser « physiquement » sur plusieurs mètres. Pas très efficace mais ça fait sourire !!!!! Le passage au refuge Elena fut aussi l’occasion de rejoindre un gars du Layon. Un pote à lui est là, hors course et, indécent, « insolant », il me double en courant dans les pentes les plus raides du col. « Moi aussi je peux le faire ….mais pas là, j’ai pas envie !!! ». Je m’approche du sommet. Que la montagne est belle.
Grand Col Ferret – La Peule : « Cailloux or not cailloux ….not cailloux » / Temps partiel réalisé : 0h29 (prévu : 0h31) / temps total : 16h36 (prévu : 16h43)
J’y ai pensé, je ne l’ai pas fait. Au départ, dans le brouhaha ambiant, j’ai vu Michel en haut de l’arche brandir une énorme plaque en pierre, synonyme si j’ai tout compris du trophée du vainqueur. Ce rocher provenait du sommet du toit de l’UTMB, du Grand Col Ferret. Je me suis dit durant une bonne partie de la course que moi aussi, je mériterais à mon petit niveau un trophée et que moi aussi je ramènerais de là haut un cailloux en souvenir (juste un peu moins gros). J’ai hésité, un peu oui un peu non et même bien après le passage de ce col. Au final, je ne l’ai pas fait. Va comprendre. C’était une belle idée. Pas grave. Ca aussi ça occupe l’esprit !!!!! La descente sur la Peule se fait longue, un poil monotone. Quelques randonneurs s’écartent gentiment : finalement, c’est peut être pas le jour idéal pour une balade tranquille sur les sentiers du TMB. Ca risque de se transformer pour eux en balade tranquille sur le bas coté du sentier du TMB vu le trafic digne de bison futé !!!. Il est temps d’enlever la polaire sans manche et de rester en tee-shirt manches longues pour le reste du périple.
La Peule – La Fouly : « Cyrano sans les pauses » / Temps partiel réalisé : 0h48 (prévu : 0h47 ) / temps total : 17h24 (prévu : 17h30 )
Je me traîne dans le sentier technique qui plonge après le ravito. Un boulet !!!! Pas du tout alèze, je laisse passer deux coureurs qui vont deux fois plus vite que moi. Vivement la route à plat tout en bas. J’y suis. Un peu de marche et il va être temps de faire du cyrano jusqu’à la Fouly. La reprise en mode « course » est difficile mais je le sais. Je sais que, de plus en plus, la transition marche-course est « douloureuse » pendant quelques secondes, presque une minute maintenant mais je sais aussi qu’une fois ce laps de temps passé, je retrouve une foulée confortable, efficace, qui mène loin et assez rapidement. Je suis d’ailleurs convaincu aujourd’hui que le secret de la performance est là. Celui qui arrive, tout le long de la course et encore plus après 10 ou 20h de course à relancer sans cesse la machine, sur le moindre faux plat (du coté du balcon de Bovine ou de Catogne par exemple) a sûrement une recette pour un final rapide, efficace et un super chrono. Cette année, j’ai tenu bon jusqu’à Bovine ….je sais ce qu’il me reste à faire en 2007 !!!!! Relancer boudiou, relancer !!!!!
Je me surprends donc sur la route puis sur le chemin en bord de rivière à courir sans cesse. Un coureur qui n’allait pas tarder à me rejoindre se voit distancer maintenant, obliger de marcher là où je cours allègrement. La Fouly est là et les parents de Phil saluent un UFO qu’ils n’ont pas reconnu (j’avais bien compris).
La Fouly – Praz de Fort : « Aux champignns ! » / Temps partiel réalisé : 1h03 (prévu : 1h12 ) / temps total : 18h27 (prévu : 18h42 )
Et si je tentais un café ? Trop chaud et je renonce à le boire sous peine de me cramer la langue ou sous peine de devoir attendre qu’il refroidisse dans ….10’. Je repars avec une féminine. On papaute un peu et absolument ignorant de leur tableau de marche, je leur annonce qu’ils sont sur les bases de 28h. Devant nous, un groupe s’est formé à environ 1’ et elle décide avec un autre coureur de partir les rejoindre. Je laisse faire. Un regret aujourd’hui. J’aurais pu les suivre et bénéficier d’une bonne locomotive jusqu’à Praz de Fort. Ils me prendront 10’. Je laisse faire donc et me contente de mon rythme malgré ça très efficace. Je rattrape un coureur apparemment au bout du rouleau puis une nouvelle féminine qui a bien du mal dans le petit sentier qui précède Praz de Fort. Mmmm, ça sent les champignons par ici. Et si je ramenais un fricot à l’arrivée (à défaut d’un caillou !!!). Mon regard se perd sur les bas coté. Des venimeux, toujours des venimeux. Objectivement, au vu du nombre de randonneur sur ces GR, la chance est mince de ramener quoi que ce soit de comestible à la maison mais avec un peu de chance !!!! La route arrive là devant et la « chasse » reprendra plus tard dans la montée de Champex. La petite route au milieu des chalets Suisses me laisse penser que « la vie doit être douce par ici ».
Praz de Fort – Champex : « histoire de dos » / Temps partiel réalisé : 1h07 (prévu : 1h18 ) / temps total : 19h34 (prévu : 20h00 )
Pause express …comme c’est bizarre. Je repère au loin 3 coureurs qui seront mes prochains objectifs. Je me rapproche du premier, son dos est là devant moi. Il a l’air au plus mal. Quelques nouvelles et j’apprends que le mal est profond, irréversible pour voir Chamonix. Je repars et quelques secondes plus tard me retourne pour voir si, dans un sursaut d’orgueil le malheureux n’a pas pris mes pas. Je vois …..son dos. Il repart vers Praz de Fort, fin de la course.Mes deux autres « victimes » ne feront pas un pli dans la descente vers les Isserts que je passe décidément euphorique comme en 2005. Le dernier coureur doublé m’informe de la montée qui s’annonce. « Oui, oui, je connais ». Peut être un peu « vexé » de s’être fait enrhumer de la sorte, il reprend la course et se rapproche de moi dans les premières pentes de la montée vers Champex. Il sera une nouvelle victime au petit jeu du coureur « qui revient puis qui recule ». Le temps est venu de doubler quelques randonneurs. Le dernier rencontré avant Champex va se transformer en génial téléphérique. Je remonte sur lui, m’apprête à le rejoindre. Il me voit et d’un coup, malgré son sac de bonne facture, il accélère. Je me prends au jeu. Je m’accroche à quelques mètres, mon regard fixé sur son dos. Il poursuit et j’entends son souffle court au dessus de moi dans les lacets qui précédent le sommet. On y est et il ne fait pas un mètre de plus me lançant au passage un « la prochaine fois tu le fais avec le sac ! » dont je n’ai pas saisi, au vu du ton employé s’il s’agissait d’humour ou d’exaspération, lasser de se faire doubler depuis le matin par des coureurs « extra light ».
Champex – Ferme de Bovines : « Repousser la nuit ….et les vaches » / Temps partiel réalisé : 2h09 (prévu : 2h02 ) / temps total : 21h43 (prévu : 22h02 )
La pause à Champex va un peu s’éterniser. Je l’estime à 15’. Sous l’œil de Kiki, je procède méticuleusement à mon désormais traditionnel massage à l’huile d’Arnica, je récupère quelques gels et décide de déchausser le pied droit où une gêne persistante se fait sentir. Je serais bon pour une énormissime ampoule, cylindrique même puisqu’au final elle ferra intégralement le tour de mon gros orteil. Coup de bol (mais il en faut un peu), elle sera juste douloureuse mais pas handicapante jusqu’à l’arrivée. Je choisis aussi de faire toute cette « popotte » dehors dans l’herbe. L’ambiance ginguette surchauffée m’a fait fuir illico dès que j’ai mis les pieds sous la tente réfectoire. Je repars ….seul. Le bord du lac sera l’occasion de doubler la fanfarre locale avec leurs énormes instruments à rendre très transportable la plus grosse des contrebasses !!!! Ma tête calcule sans cesse les horaires à venir avec une idée bien précise : « où la nuit va t’elle me tomber dessus ? ». Le plus loin possible j’espère et mes calculs l’amènent du coté de Vallorcines. L’essentiel sera alors acquis avec la longue descente des tzeppes sous le soleil couchant. Nouveau chemin pour rejoindre le pied de la montée de Bovines. On m’annonce 78ème pour 92ème du coté de Champex. Sans surprise, ma pause minimaliste a fait merveille. Tout d’un coup, le chemin déboule dans un champ. Rien de grave sauf que, au milieu, pile poil à l’endroit où passe le chemin, d’énormes vaches noires avec des cornes encore plus grosses m’accueillent. Je stoppe. Y a pas à dire, ça ressemble « vachement » à des taureaux. Un petit gars non loin de là me dit « allez-y, elles sont gentilles !!! ». Facile à dire. J’ai beau avoir un penchant pour la campagne, aimer beaucoup les vaches (pas trop cuites pour moi), je ne suis pas super rassuré. Ca me rappelle mes entraînements où, parfois je vois débouler un molosse avec à 100 mètres derrière le maître qui crie « Vous risquez rien, il mort pas ! » « Pfff, c’est pas écrit dessus …..Crétin » !!! Là c’est un peu pareil avec le crétin en moins et je choisis illico l’option genêts. Ca passe et j’attaque le faux plat précédent Bovines. Je marche. Dés le pied de l’ascension, je vois devant 2 coureurs : « Ca coince devant ! » Cette réflexion, le gars qui me remonte au pas de charge a du également se la faire en me voyant. Il m’a repris 10’ depuis Champex et finira 50’ devant moi à l’arrivée : quel final !!!!! Nous grimpons ensemble les rochers de Bovines. Il me distance au pied et je le rejoins sur le haut. Le long balcon sera l’occasion de faire plus connaissance avant qu’il ne s’envole définitivement : et oui, il a relancé sur ce long faux plat où moi, je n’ai pu qu’allonger le pas !!!
Ferme de Bovines – Trient : « sous l’orage » / Temps partiel réalisé : 1h08 (prévu : 1h05 ) / temps total : 22h51 (prévu : 23h07 )
Le temps se gâte. Un petit groupe se forme peu après le ravito et nous attaquons la descente. Je passe tout ce beau monde, fier comme pas deux de mes progrès en descente. La pluie s’en mêle et l’exercice de style s’annonce périlleux au milieu des racines et des cailloux. Mais n’est ce pas là un terrain de jeu génialissime. Nous sommes traileurs non ???. La pluie s’intensifie, drue et froide. J’aurais bien voulu descendre jusqu’à Trient sans imperméable mais impossible : une pause s’impose pour mettre ma GoreTex par-dessus mon sac à dos. Bof, pas très pratique cette histoire avec les portes bidon accrochés aux bretelles. Je serais obligé une fois dans la vallée d’enlever le sac pour passer la veste sous le sac (un usage normal en fait !!!!). La descente continue. J’ai froid. Le vent s’en mêle. Impossible d’accrocher ma capuche. Quelle galère. Je débouche au col de la Forclaz dans une vraie tempête. Pas l’envie de rire du tout. Le photographe souhaite immortaliser ce moment. Pas envie. « Je me donne du mal pourtant !» me dit-il. « Ouais ben moi aussi !!! ». Je replonge vers Trient avec une certaine appréhension à l’idée de retrouver le sentier herbeux dans lequel j’avais fait de jolis glissades les années d’avant. Miracle, génialissime organisation. Ce passage « dangereux » a été recouvert de copeaux de bois. Ca accroche et ça passe sans encombre. Merci ! Je débouche dans Trient sous une pluie battante.
Trient – Les Tzeppes : « Record battu » / Temps partiel réalisé : 1h00 (prévu : 1h13) / temps total : 23h51 (prévu : 24h20 )
J’adore ce ravito. Le plus chaleureux de la course a mon sens. Que de souvenirs en 2003 et 2005. Cette année, je ne vais pas en profiter. La pluie, la course, le chrono qui tourne et rien de bien particulier à dire sur ce lieu. Un détail ….les yeux de la badgeuse ….( :o) …..je repars avant de faire demi-tour pour les revoir, non pas ses yeux mais mes bâtons que j’ai négligemment oublié sous le banc. Vous me direz, ce n’est pas le genre de détail qui s’oublie à l’UTMB (je parle encore des bâtons, pas des yeux …quoi que !!) et sûr que je ne serais pas allé très loin sans me rendre compte de leur absence. Je repars donc à la poursuite de Val, mon pote Fortich’eur rejoint au ravito. Il m’a avoué son coup de mou et malgré un peu d’avance, il m’a prédit que je le reverrais sous peu. On verra !!!!! J’attaque cette dernière grosse difficulté d’un bon pas. C’est marrant mais autant j’adore le ravito en bas, autant je déteste cette montée. Je concentre ma montée à regarder mon altimètre et à estimer la vitesse de montée. Ce sera un fort joli 700 m/h qui me fait espérer un retour sur Val…s’il est vraiment aussi cuit qu’il le dit. Que nenni. Pas de Val. La pluie s’est calmée et, en sous bois, on ne sent presque plus la rudesse des intempéries. Un énième coureur est victime du petit jeu du coureur « qui revient puis qui recule ». La sortie du bois pour atteindre le ravito fait réapparaître le vent. Ca caille. Je ne traîne pas. Toujours pas de Val. Il me reste 9 minutes pour atteindre un des objectifs que je m’étais fixé sur cet UTMB, à savoir battre mon record de distance en 24h réalisé à Saint Fons à 2004 avec un modeste 131 Km. Record battu donc. La nouvelle marque sera de 135 Km et 8205 m+ !!!!
Les Tzeppes – Vallorcines : « Tout schuss » / Temps partiel réalisé : 1h11 (prévu : 1h22 ) / temps total : 25h02 (prévu : 25h42 )
Mais où est Val ? Sacré gaillard, il tourne dur pour un gars cuit !. Je vois au loin deux coureurs qui basculent dans la descente. Un coup d’œil au chrono. J’arpente péniblement le long sentier en balcon. Ah si je pouvais relancer !!!!! Je bascule à mon tour avec 4’ de retard. La pluie a cessé. Je décide de me lâcher dans cette ultime longue descente. Comment dire. Grosse attaque. Le sol est propre et recouvert d’une belle épaisseur de boue. L’exercice consiste à poser le pied sur un coin moins glissant. Je m’éclate, voltige, attaque au-delà du raisonnable mais toujours rien. Mais quel pied !!! Un rapide pointage du coté du téléphérique synonyme de retour en France. Plus que 3’. Sacré Val. J’attaque allégrement la longue piste forestière. Argh….ce n’est plus pareil. Longue ligne droite, cailloux…..cyrano s’impose. Finalement, le bonheur est simple comme un mono trace. Il est là juste devant à droite. Je plonge ! Banzaiiiii. La grosse artillerie est de sortie. Je me lâche comme jamais depuis le départ. Il serait temps me direz-vous !!! Je double un coureur qui, aujourd’hui encore, n’a pas du comprendre !!! Je vole !!!! Vallorcines est devant moi et c’est au petit trot que je grimpe les quelques marches du ravito.
Vallorcines – Argentières : « A l’attaque ! » / Temps partiel réalisé : 1h09 (prévu : 1h09 ) / temps total : 26h11 (prévu : 26h51)
Val est là. Coquin va !!!!! Je vais bientôt comprendre.L’euphorie me gagne. Sur le rythme de ma descente, je me vois déjà finir les kilomètres restants de la même manière. Je déclare mes intentions à Val. Ce sera 27h et quelques. Un coup de fil à Sandra pour l’informer de mon avance sur le plan de marche (28h30) et je repars. Val, prudent, choisit de poursuivre la route avec le groupe qu’il côtoie depuis Trient. Je pars en trottinant. Un petit kilomètre passe, j’alterne course et marche. Je me retourne et oh surprise, à dix mètres derrière, le groupe de Val. Ils marchent. Je me range gentiment et décide de prendre le pas de ce groupe. Je viens de comprendre ma folle poursuite infructueuse derrière Val. Ce groupe de « marcheur » avale la légère pente du col des Montets à une allure folle. 7km/h à vue de nez. Derrière, je relance en trottinant sous peine de les voir s’éloigner. La nuit nous rattrape non loin du sommet du col. Dans la descente, rien ne change ou presque. La marche est le moyen de progression du groupe et je me plie bien content à cet exercice. Argentières nous accueillent. Pause express pour tous. Les 27h sont pour nous !!!!
Argentières – Chamonix : « endormi » / Temps partiel réalisé : 1h38 (prévu : 1h39 ) / temps total : 27h49 (prévu : 28h30)
Que je crains ce sentier interminable qui nous attend. Toujours en queue de groupe, je profite du rythme effréné des marcheurs. Ca avance. Enfin, je l’ai cru. En décortiquant les temps de notre final, au chaud, après la course, je constaterai un final bien lent, presque autant qu’en 2005, isolé seul dans la nuit. La marche nous a endormi !!!!! La sensation de marche très rapide ne voulait pas forcément dire vitesse très rapide. Les fameuses relances « dés que possible » aurait sûrement été plus efficaces. Rien de grave, il faut bien se trouver des excuses pour revenir en 2007. Ce secteur me parait toujours aussi long. Le doute m’envahit même quand, le chrono avançant, rien ne semble dire que les lumières de Chamonix sont pour bientôt.Enfin le chemin forestier apparaît, la pente s’incline et nous plongeons vers l’arrivée. C’est l’instant que choisi un ovni pour nous doubler à une vitesse deux fois supérieure à la notre. Le gars que j’ai doublé avant Vallorcines a du ressentir ce que je viens de ressentir. Et si c’était lui !!!!! Le bout du tunnel est devant nous. Les lumières de la ville apparaissent et je sais que les 27h sont pour nous. Peu importe le reste, peu importe le classement, les minutes. Les 27h sont là et la liste des heures accessible sur cette course magique va se réduire à sa plus simple expression. Comment imaginer un jour finir en 26 ou 25h. Impossible à mes yeux. Je n’y pense pas dans les rues de Chamonix. Je savoure en constatant que comme en 2005, la « forme » est encore là, que je peux encore courir. Je n’ai pas réussi la course parfaite, celle où j’aurais jeté toutes mes forces dans la bataille. Est ce possible sur ce genre de course ? J’ai l’impression qu’une réserve est salutaire, nécessaire et que cette réserve est inusable pour qui sait l’alimenter. Dernièrs mètres. La foule est là. Le chrono sera de 27h49. Nous franchissons la ligne ensemble, à 5, solidaire mais mes bras, mon regard va naturellement vers Val, super Val qui sera plus avant en 2007. « C’est bon Eric tu peux le prendre, il est prêt !!! ». Sandra m’attend, souriante, bienveillante avec Enzo qui dort dans sa poussette. C’est bien qu’ils soient là. Le refroidissement est brutal. La machine se grippe rapidement. La satisfaction l’emporte plus que l’émotion. Cette dernière viendra le lendemain, comme en 2005, en voyant les arrivants, ceux qui se sont battus pendant deux nuits.
Epilogue :
Que dire quand tout se passe comme on l’a voulu, sans surprise, sans accro. Je voulais ê
ce qui est cool avec toi, c'est que ça paraît pas compliqé :-)
Il suffit de suivre les temps révus et ça roule tout seul.
GRAND respect Lionel.
Olivier74 (grosse entorse, arrêt Elisabetta, plus tôt que prévu !).
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